Famille2copie

Le deuxième volet du synode sur la famille se réunit à Rome du 4 au 25 octobre. Mais à quoi sert un synode ? Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef au Figaro, répond aux questions de Sophie de Villeneuve dans l’émission « Mille questions à la foi » sur Radio Notre-Dame. Avec Croire.com.

 

 

 

Sophie de Villeneuve : Les synodes ont-ils toujours existé dans la vie de l’Église ?

J.-M. G. : C’est une tradition un peu oubliée que le concile Vatican II a redécouverte. L’Église orthodoxe, qui s’est séparée de l’Église catholique en 1054, ne l’a jamais perdue. Dans l’Église orthodoxe, le synode, c’est-à-dire la réunion des évêques autour du patriarche, est le lieu de conseil et de décision de l’Église. Le patriarche, au sens le plus ancien de la tradition de l’Église, n’a pas de pouvoir à lui seul, le pouvoir est collectif, collégial, synodal. Cela a toujours existé, mais cela a été peu à peu abandonné dans l’Église catholique.

 

 

 

Quelle est la différence avec un concile ?

J.-M. G. : Le concile est la réunion de tous les évêques pour régler des questions de doctrine fondamentale, des questions de foi. Dans l’histoire, devant l’émergence d’une hérésie, on réunissait un concile pour corriger, expliquer, définir. Le synode, lui, réunit des évêques pour réfléchir à des questions pastorales, concrètes, qui se posent aujourd’hui, comment par exemple aborder l’homosexualité… C’est un lieu de maturation des problèmes posés.

 

 

 

Ce n’est pas un lieu de décision ?

J.-M. G. : C’est un lieu de conseil, d’analyse, de consultation. Le pape consulte le synode. Dans l’Église orthodoxe, le synode décide, il a un vrai pouvoir. Dans la tradition catholique, c’est le pape qui décide.

 

 

 

Pourquoi le pape François a-t-il voulu un synode sur la famille ?

J.-M. G. : En réalité il y a deux problèmes qui se posent : la sexualité avec la question du genre et le mariage homosexuel, qui concerne l’Europe et les Etats-Unis, mais qui pèse aussi sur les sociétés du Sud, l’Amérique latine et l’Afrique notamment. L’Eglise catholique est saisie de cette question, qui est une question familiale. Et puis il y a la question plus douloureuse des divorcés remariés.

 

 

 

Le pape voulait aborder ces questions.

J.-M. G. : Oui, François voudrait trouver des solutions, sans forcément toucher à la doctrine. Dans le cas de l’homosexualité, l’Église condamne les pratiques, mais ne juge pas les personnes. Et bien sûr refuse le mariage aux homosexuels. Le pape François voudrait que l’Église accueille ces personnes davantage qu’elle ne le fait. C’est le sens de ce synode. Sur la question des divorcés remariés, il voudrait que certains puissent communier, selon les cas, ou que les procédures d’annulation du mariage soient allégées, pour que les personnes ne portent plus un poids qu’elles n’ont pas à porter parce qu’elles ne sont pas suffisamment informées des possibilités ouvertes par l’Église pour régulariser leur situation.

 

 

 

Le synode est-il un bon moyen pour résoudre ce genre de question ? Et pourquoi un synode en deux temps ?

J.-M. G. : François est un homme habile, il sait comment se font les choses et comment on les obtient. Plutôt que de réunir un synode pour un mois et d’imposer des décisions qui auraient été réprouvées, il a pris son temps et demandé que l’on consulte à nouveau les catholiques dans les diocèses entre les deux sessions.

 

 

 

C’est bien la première fois d’ailleurs que nous sommes consultés !

J.-M. G. : C’est faux, tous les synodes précédents ont tous été précédés par une phase de consultation de toutes les Églises du monde, pas forcément de tous les fidèles, mais tous les diocèses recevaient des formulaires et des questionnaires, et c’est sur la base de leurs réponses qu’était élaboré le document de travail des synodes. La nouveauté avec le synode sur la famille, c’est que le pape a élargi la consultation et demandé qu’entre les deux sessions du synode, il y ait une nouvelle consultation. François sait très bien que les évolutions profondes ne se font pas à coup de baguette magique, et qu’il faut préparer l’opinion. Un synode en deux sessions, avec un long temps de maturation entre les deux, permet de préparer l’opinion catholique à des évolutions fortes. On ne sait pas ce que cela donnera, mais le pape sait que les bonnes décisions se prennent lentement, et qu’une fois qu’elles seront prises, on ne reviendra pas en arrière.

 

 

 

Peut-on d’ores et déjà dire que le pape donne à ce type de consultation une nouvelle forme et une nouvelle responsabilité ?

J.-M. G. : C’est sa grande ambition. Le synode était devenu une sorte de ministère du Vatican. Il voudrait que le synode, d’une certaine manière, devienne permanent afin de pouvoir consulter les évêques sur certaines questions, quitte à le faire par internet. Il veut que la synodalité redevienne naturelle et habituelle dans l’Église.

 

 

 

Cela veut-il dire que tous les chrétiens seront souvent consultés ?

J.-M. G. : Probablement pas. L’Église catholique est très structurée, l’enseignement est de la responsabilité des évêques et des théologiens et les grandes questions dogmatiques ne vont pas être remises sur le marché. Mais le pape voudrait mieux sentir le pouls du terrain. Les Africains, les Américains, les Latino-américains n’ont pas les mêmes problèmes que les Européens. Il aimerait que certaines questions soient traitées de manière synodale sur le continent où elles se posent. C’est un vieux rêve du concile Vatican II, qui ne s’est jamais vraiment réalisé, et c’est peut-être en train de se faire.

 

 

 

Alors soixante ans après, le concile Vatican II est en train de s’accomplir ?

J.-M. G. : Au moment où l’on commençait à parler de la réforme de la Curie, j’ai rencontré à Rome un vieux cardinal, qui me montre un document sur lequel je reconnais le programme de réformes du pape François. Ce document était daté de 1963 ou 1964. Il détaillait certains schémas que le Concile avait prévus mais qui n’avaient jamais vraiment été mis en œuvre. Tout était écrit ! La synodalité, plus de pouvoirs aux conférences des évêques, une plus grande prise en compte des cultures locales… Ce qui ne va pas sans poser question, car cela risque de diviser l’Église catholique, dont la force justement est dans l’unité profonde.

 

 

 

On a bien vu d’ailleurs les tensions que la première partie du synode avait opérées.

J.-M. G. : Bien sûr. On voit des tensions pastorales, idéologiques, théologiques, mais aussi des tensions culturelles, locales. Les Africains n’ont pas les mêmes problèmes familiaux que les Européens. Le pape essaie de retrouver les intuitions de Vatican II, il est suivi par beaucoup, et en même temps beaucoup s’inquiètent du risque d’éclatement que cela comporte.

 

 

 

Source : Croire.com