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Ami qui nous visite

samedi 1er janvier 2005

Ami qui nous visite, je ne te souhaite pas mes bons vœux. Tu t’y serais attendu sans doute. Je sais. En cette saison ils emplissent les journaux, les écrans de publicité, débordent de chaque maison avec chaque lettre qui part aux quatre coins du monde, tombent des multinationales sur leurs actionnaires ravis, comme cendre tombée du cigare qu’on tapote… ils jonchent les rues et dégoulinent jusque sur le visage du pauvre qui regarde, yeux exorbités, la vitrine scintillante du magasin qui les affiche, résonnent jusqu’aux oreilles de ceux qui voudraient taire leurs derniers cris d’angoisse, arrachés par les flots d’une nature ignorée, arrachés par la vie qui d’année en année ne change rien pour eux, malgré tous les « bons vœux », arrachés par les hommes qui les renvoient chez eux, là où ils seront mieux, assurent les bons Suisses, en s’essuyant les lèvres, en se frottant la panse, un œil sur la serrure, qu’on a bien fermée pour être bien tranquille, pour être bien chez soi … ces vœux…

Vœux, « vouloir »… Mes bons vœux, « je veux ton bien »… Quel engagement ils devraient dire !… Mais quel bien puis-je te vouloir, ami ? Puis-je connaître ce que tu vis ? Puis-je deviner ce que tu souhaites ? Qui donc connaît ton cœur, et connaît ton bonheur ? Le connais-tu toi-même ?

As-tu fermé les yeux et regardé en toi, ce qui te fait grandir ? As-tu laissé tes rêves monter jusqu’à tes yeux, comme larmes d’espérance ? As-tu vu tes richesses virevolter en toi, oiseaux de mille couleurs, aux plumes de douceur, as-tu ouvert la cage, volière aux chants de liberté ? As-tu saisi le souffle qui gonfle leurs plumages, et les emporte au loin, et t’invitent au voyage ? As-tu fermé les yeux ? As-tu senti ce souffle ? As-tu senti ton être comme plume au soleil se gonfler dans l’air pur et caresser ton ciel ? As-tu senti tes frères se joindre à tes envols, là où ils ont compris que tu les comprenais, là où les mêmes rêves se ressemblent et se croisent, parce qu’aucun oiseau ne connaît nos frontières, et que le même Souffle balaie nos paysages, les tiens, les miens, ceux de tous lieux, et de tous âges ?

Ami, qui donc es-tu, et quoi donc te vouloir ? As-tu trouvé ce Souffle ? As-tu pu communier à ceux qu’il t’a portés, as-tu laisser éclore les pousses qu’il t’a confiées ? As-tu senti l’appel à suivre son sillage, rencontrer d’autres coeurs, et t’en émerveiller ?

Ferme les yeux… Toi l’inconnu qui nous visite, qui donc es-tu vraiment ?

Ami, peut-être ai-je quand même un vœu, au fond, pour toi : puisses-tu cette année te poser cette question. Et commencer le chemin qui mène à sa réponse.

François

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