Il ne viendrait à l’idée de personne, pourtant, que tout cela soit définitif. Qu’au printemps rien ne repousse, rien ne fleurisse.
Au cœur de l’hiver : l’espérance. La sève est bien là, au secret de la terre… elle n’attend que le retour des chaleurs, elle est là ! On ne voit pas, mais on le sait ! Sacrée espérance !
Il en est ainsi de la nature.
Il en est ainsi de nous.
Car nous avons nos hivers. Nos moments de souffrance, et de solitude. Nos passages à vide. Ces moments où l’on ne progresse plus… « je ne m’en sortirai jamais »…
L’autre, aussi, a ses hivers : celui ou celle qui m’a l’air sec, pas intéressant, ou souffrant, celui qui m’agace, ou celle qui me fait pitié.
Avez-vous remarqué combien nous sommes souvent moins espérant pour nous-mêmes ou les autres, que nous le sommes pour la nature ?
L’enfant et la pâte à modeler
Voici, de mémoire, cette anecdote que j’ai lue un jour chez un maître spirituel.
Un enfant avait été placé en institution. Un retard mental rendait sa prise en charge de plus en plus difficile pour ses parents, qui s’étaient résolus à l’aider en le confiant à des professionnels. Un jour que l’enfant jouait avec de la pâte à modeler, le nouveau stagiaire lui demanda ce qu’il avait là dans les mains.
-De la bouse de vache, répondit l’enfant. Et je vais en faire un stagiaire.
Interloqué, le stagiaire va chercher l’éducatrice, qui lui repose la même question. A quoi l’enfant répond :
-C’est de la bouse de vache. Et je vais en faire une éducatrice.
L’éducatrice appelle le directeur, qui demande à l’enfant ce qu’il fait là.
-Avec cette bouse de vache, je fais un directeur, répond l’enfant.
Le directeur se dit que seul le psychologue peut arriver à faire quelque chose de cet enfant, alors il l’appelle. Le psychologue s’agenouille vers l’enfant et lui dit :
-Je sais ce que tu as dans les mains : c’est de la bouse de vache. Et je sais ce que tu vas en faire.
-Quoi ? dit l’enfant.
-Un psychologue ! répond le psychologue.
-C’est impossible répond l’enfant. Je n’en ai pas assez !
Et le maître spirituel concluait ainsi son anecdote : « et l’on disait que cet enfant avait un retard mental ! »…
Oser espérer
Il y a tellement de ressources et de richesses déposées par le Créateur en chacune et chacun de nous ! Osons-nous croire que, malgré les hivers, si longs et si rudes puissent-ils être, ces semences se préparent, en germes, à l’éclosion du printemps ? Osons-nous assez nous espérer nous-mêmes, et espérer les autres ?
Oui, je crois aux saisons. Toutes les saisons. Elles sont les couleurs que prennent nos vies sans jamais en retirer la Vie. Amis, au seuil de cette nouvelle année, je ne vous souhaite rien. Rien de nouveau, plutôt. Je vous souhaite simplement de vivre l’espérance, celle qui permet à tous les possibles d’éclore, parce qu’ils sont en vous, en nous, parce que la Sève est là, en tous. Elle a pour nom Amour.
François Rouiller
« Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, il portera du fruit, en abondance. » (Jn 15,5)
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