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Augustin Guillerand

dimanche 5 mars 2006

Nous vous proposons un petit voyage à la découverte des richesses que recèle la tradition monacale de notre Eglise ; ce mois-ci, nous nous rendons chez Augustin Guillerand (un père chartreux).

Conseil de lecture : ce texte est inspiré du cheminement spirituel des moines Chartreux (pour en savoir plus http://www.chartreux.org).

Augustin Guillerand, Op Cart (1877 - 1945)

Né en 1877 dans le Nivernais, Augustin Guillerand devint prêtre en 1900. Il était curé dans une petite paroisse de campagne lorsque, en 1916, son attrait pour la solitude et la prière le conduisit à la chartreuse de la Valsainte. En 1935, il est choisi comme prieur de Vedana, en Italie. Au début de la deuxième guerre mondiale, il fait partie du petit groupe de chartreux français qui, ne pouvant demeurer en Italie, trouve refuge à la Grande Chartreuse dont les bâtiments étaient à l’abandon. C’est là qu’il écrivit, pour soutenir sa méditation, des notes qui furent éditées après sa mort survenue en 1945.

Au seuil de l’abîme de Dieu

Au seuil de l’abîme de Dieu, Benedettine di Priscilla, Rome 1961, P. 5-6.

Le Prologue de l’Évangile de saint Jean est incontestablement la plus profonde page d’histoire qui ait été écrite. Les plus grands génies se sont efforcés de la pénétrer… Et cependant ils sont restés sur le premier seuil de l’abîme que contemplait saint Jean. Et lui-même, le disciple aimé, le disciple au regard d’aigle qui a passé sa vie en face de cet abîme, peut-on dire qu’il en a dépassé le bord ?

Il faut toujours se rappeler cela quand on lit l’Écriture Sainte, et surtout ce Prologue du quatrième Évangile, où le plus contemplatif - parce que le plus aimant - des écrivains sacrés a résumé en quelques lignes préliminaires l’histoire de celui qui pour lui est « Lumière et Vie ». Ces lignes ne sont qu’un vêtement humain, vêtement trop court - « inexprimablement » trop court - de réalités qui nous dépassent tous et toujours. Quand on les a longuement méditées, avec toute son âme et pendant toute sa vie, les perspectives qu’elles ouvrent s’étendent de plus en plus et, dans une lumière sans cesse accrue - et si fraîche et toujours jeune -’ révèlent un monde qui se déploie par-delà tout ce qu’on voit et tout ce qu’on dit.

C’est la joie - parfois grisante, toujours douce et incomparable - de cette méditation ce qu’elle donne n’est rien ; ce qu’elle promet est beaucoup plus : Ceux qui me mangent auront toujours faim, ceux qui me boivent toujours soif (Sir 24, 29). C’est profondément vrai. Dieu, sa vérité, sa vie, sa beauté, toute la plénitude sans nom que nos mots s’efforcent en vain de traduire, c’est un aliment qui comble sans rassasier.

Saint Jean, en commençant d’écrire son Évangile, nous place tout de suite sur ces hauteurs, en face du Verbe, de celui qui était quand tout a commencé, par qui tout a commencé. Il a raison Jésus est d’abord cela. On ne le voit bien que dans cette lumière, Lumière vraie qui éclaire tout homme venant en ce monde (Jn 1, 9). C’est à la contempler qu’il invita le disciple aimé qu’André accompagnait dès leur première entrevue. Maître, où demeures-tu ? (Jn 1, 38) lui demandèrent les deux disciples de Jean Baptiste auxquels le Précurseur avait dit en le montrant : Voici l’Agneau de Dieu. - Venez et voyez, avait répondu simplement Notre Seigneur.

Il les avait emmenés chez lui. Quel était ce chez lui ? L’évangéliste ne le dit pas. Sa réponse vraie est dans ce premier mot de son Évangile. La demeure de Jésus, c’est le Verbe. C’est là que Jean fut introduit dès ce premier jour. II y est resté. Et c’est là qu’il nous conduit à son tour. Suivons-le et restons-y avec lui.

Texte choisi par Pascal Murri, gracieusement mis à disposition par la Communauté Saint Bruno (Centre laïc de la vie cartusienne)
www.selignac.org

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