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Il existe un moment décisif dans la vie spirituelle de tout jeune catholique, un point dans le temps où s’effectue une transition inévitable entre la foi vécue comme héritage culturel et l’appropriation de la foi comme valeur personnelle. Bien qu’il n’existe pas de règle quant au moment précis où ce déclic se produit, une tendance générale semble désigner le sacrement de la confirmation comme le point clé. Malheureusement, le résultat de cette transition conduit la majorité des jeunes hors de l’Eglise, à tel point que certains surnomment la confirmation le « sacrement de l’adieu ». 

La faute à qui ? Certains accuseront les parents de ne pas être assez impliqués dans l’éducation spirituelle de leurs enfants, tandis que d’autres se plaindront de catéchistes mornes, d’autres encore reprocheront aux prêtres d’être trop rigoureux. On se renvoie la balle en criant de plus en plus fort, campant nos positions dans la certitude que, au moins, le problème ne vient pas de nous. 

 

Et si on concentrait plus nos réflexions sur la solution que sur le coupable ? En regardant la situation depuis le point de vue du jeune, le schéma est compréhensible. Ayant rempli sa part du contrat, obtenu les cadeaux des parrains, marraines, grands-parents et autres membres de la famille ravis de voir une génération de plus respecter les traditions religieuses si importantes à leurs yeux, il a même reçu ce précieux sésame qui lui permettra de se marier à l’église. Il se trouve ensuite confrontés à un choix: il peut d’une part répondre aux sirènes du confort et à l’appel du sentiment de normalité offert par la société à tous ceux qui se réclament athées ou agnostiques, et d’une autre à la proposition de poursuivre son chemin de foi, qui promet beaucoup de belles choses, mais qui semblent si lointaine derrière toutes ces règles à respecter, ces comportements contre-intuitifs à suivre et une potentielle stigmatisation de la part de ses pairs. 

Mais en fait, ce choix lui est il vraiment présenté ? De mon expérience, il me semble plutôt qu’on incite le jeune à venir à la messe chaque dimanche et qu’on s’attend à ce que le reste de sa formation spirituelle s’effectue d’elle même. La messe étant d’ailleurs pour le jeune certainement autant attractive qu’un one-man show dans une langue étrangère, non pas à cause de sa forme, mais parce que le fond ne lui a pas été expliqué et qu’il ne comprend pas le sens de la liturgie qui lui apparait donc comme un spectacle pas très captivant. 

Le jeune est ainsi laissé à cette intersection avec d’un côté une multitude de ses modèles et amis qui le convient au grand festin du consumérisme et à la léthargie offerte si généreusement par les réseaux sociaux, et de l’autre un endroit paradisiaque que représente la foi vécue pleinement. Malheureusement, il y a entre cette dernière et la situation actuelle du jeune un gouffre créé par toutes les interrogations, les doutes, les questionnements et les incompréhensions qu’il peut éprouver pour les mystères de la foi. À nous de faire le lien entre les deux côtés de cet abîme, faute de quoi le jeune décidera sûrement de suivre l’autre alternative, bien plus facile d’accès.

 

Il peut être tentant de se dire que c’est le rôle des religieux, véritables ingénieurs civils spirituels, de construire ces ponts. Toutefois, chacun de nous peut mettre main à la pâte pour apporter sa pierre à l’édifice. N’hésitons pas à être des témoins de la plénitude que le chemin de la foi apporte, passivement par nos actions et notre ouverture, ainsi qu’activement par nos paroles de soutien et le partage de nos expériences. Prenons le temps d’écouter les jeunes, de les laisser nous décrire ce qui constitue leur gouffre et de leur apporter des explications sur la richesse et la beauté de notre foi, en passant des sujets faciles comme la prière, l’Eucharistie ou la Bible aux sujets plus délicats comme la sexualité, la dignité humaine ou les scandales qui touchent l’Eglise. Sans jamais oublier que nous avons un Grand Architecte toujours disponible pour nous aider à poser notre pierre au bon endroit ! 

 

 

Sébastien, civiliste à PASAJ

 

 

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