MessPape_JMJ 2019

Dimanche dernier l’Eglise catholique fêtait le Christ Roi et, le même jour, à Hiroshima, le pape François prononçait ces mots : « Comment pouvons-nous parler de paix en construisant de nouvelles et redoutables armes de guerre ? (…) si nous cherchons réellement à construire une société plus juste et sûre, nous devons laisser tomber de nos mains les armes. »

La coïncidence de dates est signifiante: le Christ Roi est Prince de Paix, un roi sans armée, un prince sans police ni force de frappe. Un roi, dont nous nous préparons à fêter la naissance, vulnérable, dans une étable. Un roi qui doit fuir – comme tant d’hommes et de femmes aujourd’hui – fuir le pouvoir d’Hérode, inique et violent. L’enfant de la crèche est Prince de la Paix parce qu’il est désarmé.

 

Désarmer l’autre en étant soi-même désarmé, c’est ce dont témoigne Christian de Chergé, moine de Tibhrine, béatifié il y a un an avec ses frères moines. Une nuit de Noël, alors que la communauté s’apprête à fêter la naissance du Prince de la Paix, il se trouve visage en face de visage avec Sayah Attia, chef de guerre, entré dans le monastère avec poignard et pistolet-mitrailleur. Frère Christian dira ensuite : « Expérience vécue qu’en se présentant les mains nues au meurtrier, il est possible de le désarmer… ». Après cet événement, où il a frôlé la mort, sa prière sera : « Désarme-le », puis deviendra: « Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les », car, dit-il, « est-ce que j’ai le droit de demander : ‘‘Désarme-le’’, si je ne commence pas par dire : ‘‘Désarme-moi” ? »

 

Pour construire la paix, il faut se laisser désarmer. « Comment pouvons-nous proposer la paix si nous utilisons l’intimidation de la guerre nucléaire comme recours pour résoudre les conflits ? … La véritable paix ne peut être qu’une paix désarmée », interpelle François à Hiroshima. On est aux antipodes de la sagesse humaine : « Si tu veux la paix prépare la guerre ».

 

C’est vrai pour l’histoire de l’humanité. C’est vrai dans nos histoires personnelles. Baisser la garde, renoncer à ses défenses intérieures, non par faiblesse mais pour construire la paix. Petits (ou grands) gestes de pacification dans nos vies personnelles, qui en sait le mystérieux impact sur la vie des peuples ?

 

Ami de la paix qui lit ces lignes, que les semaines à venir te préparent à accueillir le Prince de la Paix pour chanter avec les anges : « Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ! »

 

Jeanne-Marie d’Ambly, Sœur de saint Maurice