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« Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts. » (Chant d’automne, Baudelaire) Le poète l’a si bien décrit, l’été et sa chaleur bienfaisante s’en sont allées. L’automne s’est imposé brusquement, et tout à coup, il fait très froid, la pluie glaciale s’abat, les feuilles chatoyantes se mettent à tomber, les jours raccourcissent inexorablement, et la belle nature mordorée commence à perdre ses atours.

 

Pour beaucoup nous allons rentrer dans cette « nuit privée d’étoiles », où la morosité et l’incertitude deviennent nos compagnons de route. Nous sommes confrontés dans nos métiers à des jeunes éprouvés, à des êtres en proie au doute et à l’angoisse, et parfois la seule réponse à leurs maux est le silence et l’écoute. Le chemin semble long, interminable pour ceux qui ont perdu tout repère.

 

Et pourtant, sur ce chemin obscur, dans cette nuit de l’espérance, tout au long de cet automne qui nous dépouille et nous fait frissonner, un sourire offert, une main tendue, une oreille bienveillante, un regard attentif sont autant de lumignons qui vont jalonner ce chemin aride et escarpé. Ces petites bougies déposées comme de fragiles offrandes nous prouvent qu’elles sont plus brûlantes et vivaces que la bise la plus mordante.

 

Ce feu, si ténu soit-il, nous le croyons, ne va pas s’éteindre. Déposons donc, chacun à notre tour, des petites braises ardentes et inextinguibles comme autant de petits cailloux qui vont rougeoyer dans la nuit, et accompagner ceux qui souffrent.

 

Isabelle Vernet