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Les 10 commandements. Une atteinte à la liberté ? Je fais ce que je veux, où je veux, quand je veux !

 

La déclaration des droits de l’homme commence dès le préambule et le premier article par prôner la liberté pour tout le monde.

Article 1 : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits […]

Cette idée de liberté totale est profondément ancrée en nous et détermine inconsciemment notre manière d’agir avec des personnes que nous croisons au quotidien dans notre société et ce que nous attendons d’eux.

Alors avec ce constat de départ, on comprend pourquoi les dix « commandements » – autrement dit : des ordres, des obligations – sont souvent cités et utilisés pour dire que la religion judéo-chrétienne n’est faite que d’interdits ou d’obligations « Fais pas ci, fait pas ça ! Fais-ci, fais ça ! ». Pourtant, à l’origine, le terme utilisé est « le Décalogue » ou les dix paroles.

Si on y regarde de plus près ce texte de la Bible nous enseigne justement quelque chose de la liberté. Le Décalogue apparaît deux fois dans la Bible : Exode 20,2-17 et Deutéronome 5,6-21. C’est le même texte mais avec le projecteur orienté un peu différemment, si vous êtes curieux… allez ouvrir vos bibles 😉


EXODE 20,2-17 – TRADUCTION ŒCUMÉNIQUE DE LA BIBLE (2010)

       2 « C’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude :

       3 Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi.

       4 Tu ne te feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre. 5 Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas, car c’est moi le SEIGNEUR, ton Dieu, un Dieu exigeant, poursuivant la faute des pères chez les fils sur trois et quatre générations – s’ils me haïssent – 6 mais prouvant sa fidélité à des milliers de générations – si elles m’aiment et gardent mes commandements.

       7 Tu ne prononceras pas à tort le nom du SEIGNEUR, ton Dieu, car le SEIGNEUR n’acquitte pas celui qui prononce son nom à tort.

       8 Que du jour du sabbat on fasse un mémorial en le tenant pour sacré. 9 Tu travailleras six jours, faisant tout ton ouvrage, 10 mais le septième jour, c’est le sabbat du SEIGNEUR, ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, pas plus que ton serviteur, ta servante, tes bêtes ou l’émigré que tu as dans tes villes. 11 Car en six jours, le SEIGNEUR a fait le ciel et la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le SEIGNEUR a béni le jour du sabbat et l’a consacré.

       12 Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que te donne le SEIGNEUR, ton Dieu.

       13 Tu ne commettras pas de meurtre.

       14 Tu ne commettras pas d’adultère.

       15 Tu ne commettras pas de vol.

       16 Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain.

       17 Tu n’auras pas de visées sur la maison de ton prochain. Tu n’auras de visées ni sur la femme de ton prochain, ni sur son serviteur, sa servante, son bœuf ou son âne, ni sur rien qui appartienne à ton prochain. »

 

 

Le contexte

Il est utile de rappeler le contexte du peuple d’Israël au moment où ils reçoivent le décalogue dans ce passage d’Exode : cela se passe juste après la sortie d’Egypte où le Seigneur s’est montré féroce et puissant… Et même si les dix paroles sont souvent vues comme des interdictions, exprimées à la forme négative, il est important de noter cependant qu’au tout début du texte, au verset deux, le Seigneur commence par se rappeler au bon souvenir du peuple en lui remémorant qu’Il est le Dieu qui les a libérés de l’esclavage. C’est au nom de cette histoire commune qu’il propose des règles pour établir avec Israël une nouvelle alliance.

 

 

Points d’attention

Les autres Dieux

A ce moment de leur histoire, comment le peuple d’Israël considère-t-il le Dieu unique ?

Est-il un Dieu suzerain qui protège et libère de l’esclavage mais qui use de force et pouvoir face à des vassaux ? Il y aurait là une notion de soumission à l’image de la mafia qui établit son règne sur des quartiers et protège les commerçants tant qu’ils paient leur « pizzo »(Forme de racket pratiqué par les mafias italiennes envers les commerçants locaux, Source : Wikipedia)…

Ou, justement parce qu’il a libéré le peuple, est-il un Dieu sauveur ? Il y a une notion de choix : dans les commandements, il n’y a aucune obligation de Le servir, seulement une obligation de ne pas servir les autres Dieux. Et pour cause, Il sait que ceux-ci demandent des sacrifices humains, comme Baal par exemple. Un sacrifice humain, jusqu’à preuve du contraire est contre la liberté et contre la vie…                                   

Un Dieu qui poursuit la faute

Le verset 5 parle d’un Dieu qui punit. D’autres traductions utilisent le verbe châtier. La croyance que Dieu punit vient entre autres d’une traduction facile de châtier. La traduction du verbe hébreu se rapproche plutôt d’une visite de la faute qui précède le châtiment. Dieu vient habiter nos erreurs. Il ne nous laisse pas. Le châtiment est plutôt de l’ordre des conséquences de nos actes pouvant avoir des répercussions sur plusieurs générations et non pas une punition ou une malédiction.

 

 

Le Sabbat

Le jour du repos dans le texte d’Exode est traité particulièrement sous l’angle du travail et dans Deutéronome en lien avec l’esclavage d’Egypte. Mais les deux textes du Sabbat parlent d’une seule et même réalité : la liberté. D’un côté celle que l’on prend par rapport au travail afin de ne pas en devenir l’esclave et de l’autre celle que l’on offre à nos semblables et étrangers pour ne pas devenir nous-mêmes pharaon.

 

 

Pas de meurtre, vol, adultère, mensonge…

L’homme est par définition un être social, et du point de vue de cette altérité, tous les versets à la forme négative (« tu ne … pas ») ne sont pas des commandements mais plutôt des règles au service de la vie.

Si ces règles sont considérée comme une loi qui vient de l’extérieur, de quelqu’un d’autre et qui m’est imposé alors cela devient un obstacle. Mais si elles viennent de l’intérieur, comme étant la loi venant de Dieu, que je donne de l’autorité à Sa parole parce que je sais qu’il m’aime et que je comprends qu’elle est pour mon bien, à mon service alors je la reconnais comme une sagesse qui intervient en moi et qui me permet de grandir et vivre, et d’être réellement libre.

 

 

 

À retenir

Telles les idoles condamnées au verset 4, nous avons tendance à enfermer Dieu dans une image réductrice et le limiter à Celui qui interdit par ses commandements au lieu d’y voir des préceptes qui nous préservent de la mort. Par ces lois, le Seigneur ne pose pas des interdits, il ouvre des possibles.

Que peut-on retirer pour nous aujourd’hui ? Quels sont nos « dieux » qui nous mènent à la mort ou nous éloignent de la vie ?

L’esclavage aujourd’hui vient de nos peurs intérieures : celle de manquer, de ne pas être reconnu. Le dieu Baal était une puissance réputée capable de combler les besoins vitaux. C’est le début d’un cercle vicieux : On remplit un besoin, cela en créé un autre, un vide, un manque.

 

Pour terminer voici deux citations qui résument bien l’enjeu du décalogue :

  • « La relation que le décalogue suggère comme possible entre Israël et Dieu, c’est « l’amour ». Le Dieu du décalogue ne veut pas être servi. Il attend d’être aimé. Et, toujours d’après le décalogue, qu’implique l’amour que Dieu espère ? Deux choses : la fidélité aux ordres (Dt 5,10) et la mémoire des bienfaits (Dt 5,15). Et comment aimer de la sorte un Dieu qui donne liberté et vie, sinon en épanouissant la vie reçue de lui et en n’aliénant jamais la liberté qu’il offre ? » (André Wénin)
  • « Dire ce qu’il faut faire emprisonne plus que dire ce qu’il ne faut pas faire ! » (Paul Beauchamp)
     

Mes réflexions s’appuient sur le travail du bibliste et théologien André Wénin autour du Décalogue.

 

 

Stéphane

 

 

Référence : WÉNIN, André, Le décalogue, révélation de Dieu et chemin de bonheur, Revue théologique de Louvain, 1994, Vol 25, Num 2, P. 164ss