insolite_20170925

On trouve de tout dans la Bible, même des syllabes qui ne présentent aucune cohérence. Voici un texte d’Isaïe qui critique les prêtres et prophètes de Jérusalem en les présentant comme des ivrognes incapables de comprendre la parole de Dieu.

En voici encore que le vin égare, que les boissons fortes font tituber : ce sont les prêtres et les prophètes, égarés par les boissons fortes, désorientés sous l’effet du vin. Les boissons fortes les font tituber, ils s’égarent dans leurs visions, ils s’embrouillent en rendant leurs sentences. Leurs tables sont toutes couvertes de ce qu’ils ont vomi, leurs saletés sont partout. Ils demandent : « À qui cet Ésaïe veut-il faire la leçon et expliquer ses révélations ? À des enfants fraîchement sevrés ? À des bambins qu’on vient d’ôter du sein de leur mère ? Écoutez-le : Blablabla, blablabla, et patati et patata. » Eh bien, c’est dans un langage inintelligible, dans une langue étrangère, que le Seigneur va désormais s’adresser à ce peuple ! Il leur avait pourtant dit : « Ici vous trouverez du répit ; laissez-y se reposer ceux qui sont fatigués. C’est un endroit tranquille. » Mais ils n’ont rien voulu entendre.

Alors la parole du Seigneur sera pour eux aussi dénuée de sens que « Blablabla, blablabla, et patati et patata. » Finalement ils tomberont à la renverse, se casseront les reins, s’empêtreront les pieds sans pouvoir se dégager. (Is 28, 7-13)

 

Déjà, la description assez graphique des prêtres ivres vomissant sur leurs tables est un premier élément insolite. Le vin faisait partie des rituels religieux. L’abus de ce vin empêche les prêtres et les prophètes d’être à l’écoute de la Parole de Dieu énoncée par Isaïe.

Le deuxième élément qui attire notre curiosité est le « blablabla, blablabla, et patati et patata » qui revient par deux fois. En hébreux, il s’agit de mots dont l’ensemble forme une phrase incohérente. Il est qualifié de langage pour bébé, de langage incompréhensible et de langue étrangère. Ce passage sarcastique rit des prêtres si ivres qu’ils ne réussissent pas à comprendre les mots énoncés par le prophète Isaïe. À leurs oreilles, le message de ce prophète est incompréhensible.

À la fin du texte, de façon comique, les prêtres ivres tombent à la renverse, se brisent les reins et sont capturés. Ces mots peuvent être reliés à Is 8,15 qui indique que « beaucoup trébucheront, tomberont, se briseront, seront pris au piège et capturés » en évoquant la destruction de Jérusalem par les Babyloniens.

 

Ainsi, si ce texte ne dénonce pas le fait d’être ivrogne, il accuse les responsables religieux de Jérusalem qui malgré les avertissements d’Isaïe n’ont pas porté attention à la parole de Dieu. Dans la perspective du prophète, cette faute grave fait partie des raisons qui ont mené à la destruction de Jérusalem et de son Temple.

 

Sébastien Doane, doctorant, Québec

 

Source et image : Interbible