Un an après le Da Vinci code, un nouveau film crée la polémique sur la mort de Jésus. Le controversé documentaire Le Tombeau perdu de Jésus, réalisé par l’Israélien Simcha Jacobovici et produit par James Cameron, affirme que Jésus est enterré en Israël aux côtés de Marie-Madeleine avec qui il aurait eu un fils. De plus, si Jésus a été "définitivement enterré", il n’est ni ressucitlé, ni monté près du Père.
En fait, ce documentaire télévisé retrace l’histoire de la découverte, il y a 26 ans d’une grotte dans le quartier de Talpiot, près de la vieille ville de Jérusalem. L’un des plus célèbres archéologues israéliens, le professeur Amos Kloner avait publié les noms retrouvés sur les boîtes. Sur ces boîtes, on pouvait en effet lire distinctement en hébreu les noms de “Yéshoua fils de Joseph”, de “Marie”, de “Matthias” (Matthieu) de “Yoffe” (qui pourrait être le frère de Jésus) et de “Juda fils de Ychoua” qui serait selon les réalisateurs, le propre fils de Jésus.
Cameron le Sherlock du 21ème siècle
Quelqu’un le faisait remarquer un jour avec beaucoup de bon sens : si on trouve dans une lettre du quinzième siècle la formule : « Tu as le bonjour de Christophe », il ne s’agit pas forcément de Christophe Colomb. Tout le tapage fait autour de la tombe d’un certain Jésus enterré avec sa femme et son fils ne mériterait pas davantage d’attention si James Cameron n’avait décidé de profiter de l’aubaine pour en faire un film. Si on trouve dans le même tombeau les ossements d’un homme et d’une femme dont l’ADN montre qu’ils n’ont entre eux aucun lien sanguin et que l’homme s’appelle Jésus, la femme ne peut être que Marie-Madeleine. Élémentaire, mon cher Watson ! L’idée que l’Église aurait « caché des choses » est un truc qui marche à tous les coups et la recette, dans les deux sens du terme, est assurée (voir le succès du « Da Vinci code »). Il suffirait pourtant de réfléchir quelques minutes pour se dire que nous ignorerions 98 % de ce que nous savons sur Jésus si la communauté chrétienne n’avait rédigé, conservé et transmis les évangiles. Aujourd’hui, « la Science » viendrait brandir le bâton que « l’Église » aurait donné pour se faire battre en révélant l’existence de Jésus tout en nous cachant la vérité à son sujet.
SOS science !
En lisant une dépêche de l’AFP sur le sujet, on se dit que la Science, justement, a encore du travail à faire pour éclairer les masses, même journalistiques. On y apprend que l’hypothèse « s’appuie sur la présence de plusieurs noms hébreux inscrits sur les cercueils du tombeau ». Voilà effectivement un scoop ! Si on avait trouvé des noms chinois sur des tombeaux juifs à Jérusalem, la découverte serait certainement passée inaperçue… On apprend aussi que « Pour les Eglises catholique et orthodoxe, la tombe du Christ se trouve sous l’église du Saint-Sépulcre (sic !) à Jérusalem, tandis que les protestants la situent plus au nord, hors des murs de la vielle ville. » Effectivement, un général anglais du XIXe siècle, du nom de Gordon, frappé par l’aspect d’une colline dont la forme rappelle vaguement celle d’un crâne, avait identifié ce site au « lieu du crâne » dont parle l’évangile. Cette localisation a connu un certain succès, en particulier chez les anglicans, et la « tombe de Gordon » est devenue le « Garden Tomb », la tombe du jardin. Aujourd’hui, le prospectus mis à la disposition des visiteurs se contente de dire que le site donne une bonne idée de ce que pouvait être le tombeau dans lequel Jésus avait été déposé. Le rédacteur de la dépêche n’a probablement pas vu les lieux, mais peu importe, puisque le lecteur n’ira pas vérifier et que le papier se vendra. Morale de toute cette histoire : au vingt-et-unième siècle, il suffit d’invoquer « la Science » pour diffuser n’importe quoi, et l’appel à « la Raison » peut justifier toutes les formes de l’irrationnel. Pourquoi s’en priver, si ça rapporte ?
7 raisons qui contredisent Cameron
7 raisons au moins peuvent être avancé contre l’hypothèse du doccumentaire :
Tous les récits anciens s’accordent à dire que le tombeau de Jésus était vide, ne laissant que très peu de probabilité que le corps décomposé ait pu être transporté dans une autre tombe une année plus tard, en plaçant les os dans un ossuaire.
Le nom de "Jésus" était un nom répandu au cours du premier siècle, il apparaît sur 98 autres tombes et 21 ossuaires.
Il n’existe aucune preuve historique attestant que Jésus ait été marié et ait eu un enfant.
Les premiers disciples de Jésus ne l’ont jamais appelé "Jésus fils de Joseph"
La tombe et les ossuaires découverts à Talpiot (quartier de Jérusalem) témoignent qu’ils appartenaient à une famille riche ce qui ne correspond pas historiquement à ce que nous savons de la famille de Jésus.
Premier historien du christianisme, Eusèbe rapporte que le corps de Jacques, frère de Jésus, a été enterré seul près du Mont du Temple et qu’au cours des premiers siècles, on allait se recueillir sur sa tombe, ce qui tenterait à prouver que la tombe de Talipot n’est vraisemblablement pas celle de la "famille de Jésus".
Les ossuaires des deux Marie retrouvés dans la tombe ne mentionnent pas Migdal (ou Magdala) mais simplement le prénom de Marie, qui est un prénom féminin fort commun parmi les prénoms juifs de l’époque.
Alors, ne succombons pas à la Da Vinci Code Attitude…
Version imprimable