RUBAN-ROSE

Comme la plupart des femmes, je suis sensibilisée au danger du cancer du sein – le plus meurtrier des cancers, qui touche une femme sur huit. Les campagnes de prévention sont nombreuses et culminent chaque année au mois d’octobre, avec les manifestations liées au fameux symbole du « ruban rose », où même les stars se mettent à nu pour l’occasion. Les autorités ont également fourni un gros effort en proposant gratuitement un dépistage tous les deux ans aux femmes de plus de cinquante ans. « La mammographie sauve des vies », affirment les publicités. Cela permettrait en effet de détecter très tôt les éventuelles anomalies, et donc d’apporter de meilleures chances de guérison grâce à une prise en charge rapide.

 

Je croyais dur comme fer à cette logique imparable. Pourtant, un récent documentaire, joliment intitulé « Au nom de tous les seins », a ébranlé toutes mes certitudes. Car, malgré la mise en place de ce dépistage systématique, le nombre de décès ne diminue pas.

 

Comment expliquer un tel phénomène ? Officiellement, cela serait parce qu’on arrive mieux à détecter les cancers du sein de nos jours, et qu’on en trouve logiquement plus. En bref, les mailles du filet se seraient resserrées. Une bonne chose, me direz-vous. Pourtant, il existe une autre explication possible, évoquée dans ce documentaire, et celle-ci fait froid dans le dos : le sur-diagnostic, qui concernerait au moins un tiers des patientes ! Grâce aux méthodes de plus en plus perfectionnées, les médecins sont en effet capables de remarquer les plus petites des lésions « précancéreuses » (appelées « carcinomes in situ ») et celles-ci, mêmes bénignes, seront alors traitées de la même manière qu’un cancer avéré. Car – et c’est ce qui est difficile à comprendre – si l’on constate que des cellules sont précancéreuses, cela ne veut pas forcément dire que la tumeur est dangereuse ; certains « carcinomes in situ » peuvent en effet disparaître d’eux-mêmes, ou alors ne jamais se déclarer ! Mais le médecin prescrira, par précaution, le même traitement, avec ses lourdes conséquences tant sur les plans moral que physique : radiothérapie, thérapie hormonale, ablation du sein concerné. Tout cela à cause d’un sur-diagnostic.

 

Le pire, c’est que ces traitements censés guérir peuvent déclencher réellement la maladie encore latente : le traitement répété aux rayons X risque en effet de transformer les petites lésions bénignes en tumeur, et la biopsie (ce prélèvement de tissus qui a pour but de confirmer le diagnostic) de diffuser les cellules cancéreuses, s’il y en a. Les méthodes utilisées augmenteraient donc paradoxalement le nombre de cancers du sein. Dès lors, n’est-il pas temps de remettre en question leur efficacité et leur usage systématique?

 

Ce documentaire nous confronte à une réalité méconnue. Il met en lumière une controverse qui ébranle et divise le milieu médical. Il ose questionner les fondements scientifiques d’une pratique devenue courante depuis une trentaine d’années. En donnant la parole aux femmes qui ont traversé cette épreuve, il tente de nous montrer, en toute objectivité, les différentes solutions face au diagnostic. Agir… ou pas. Choisir un douloureux traitement… ou attendre et observer. Parfois, les deux options se valent. « Au nom de tous les seins » a le mérite de nous sensibiliser à une cause très actuelle et de nous rappeler qu’en tant que patientes, nous avons toujours notre mot à dire.

 

Leslie