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Cardinal Suenens

jeudi 26 janvier 2006

Nous vous proposons un petit voyage à la découverte des richesses que recèle la tradition monacale de notre Eglise ; ce mois-ci, nous nous rendons chez Léo Jozef Suenens (un cardinal)

Conseil de lecture : ce texte est inspiré du cheminement spirituel des moines Chartreux (pour en savoir plus http://www.chartreux.org).

Cardinal Léo Jozef Suenens

Le primat de Belgique, archevêque de Malines-Bruxelles, né en 1904, a joué un rôle de premier plan comme modérateur au Concile Vatican II. A côté d’ouvrages vigoureux, consacrés à la promotion de l’apostolat et à la co-responsabilité dans l’Église, il livre volontiers à ses lecteurs ou auditeurs une doctrine mariale fort personnelle. Ce pasteur dynamique et soucieux d’authentique renouveau se montre animé des sentiments les plus délicats à l’égard de la Mère du Christ et de l’Église.

A un monde qui cherche, Marie offre son Sauveur

Marie et le monde d’aujourd’hui, conférence prononcée au Congrès marial international de Zagreb, 12 août 1971. Texte original de « La Documentation Catholique » du 3 octobre 1971, p. 878-879.

Notre monde vit une prodigieuse aventure humaine. Il suffit de prendre conscience de tout ce que représentent les aventures spatiales : des hommes sur la lune, en jeep, creusant le sol lunaire, découvrant telle pierre verte qui pourrait bien dater de quatre milliards d’années et plus. C’est un éblouissement et un triomphe de la science humaine.

Et il n’y a pas que ces découvertes extérieures à nous la science plonge aussi de plus en plus profondément dans le sol humain. Demain, peut-être, arrivera-t-elle à modeler et à refaire l’homme selon son propre projet.

Tout cela est à la fois grandiose et redoutable.

Mais si la science ouvre des horizons à l’indéfini, elle ne résout pas pour autant les questions vitales, essentielles, que tout homme se pose quel est finalement le sens dernier de cette aventure humaine et de ma vie ici-bas ? Qu’y a-t-il au-delà de la mort, même si on la retarde artificiellement à volonté ? Voilà où se situe la véritable inquiétude humaine et sur quoi l’humanité s’interroge.

Et à ces questions-là il faut une réponse, il la faut à tout prix. Il ne suffit pas de multiplier les moyens de vivre et les techniques ; le monde a besoin plus fondamentalement encore, de raisons de vivre, comme l’a dit fort bien le cardinal Marty)

Et c’est ici qu’apparaît Marie, offrant aux hommes son Fils, comme celui qui seul possède les paroles de la vie éternelle. Marie se situe au sein du mystère de l’Incarnation elle est la Mère de celui qui sera pour tous les temps à venir la voie, la

vérité et la vie (In 14,6). Au seuil de la recherche des hommes qui s’interrogent, Marie s’offre à nous, à un titre unique, comme l’introductrice par excellence. L’histoire des rois mages n’est pas seulement une histoire des temps passés elle est aussi le symbole de cette recherche humaine permanente. Les Mages se sont mis en route à travers le désert et les nuits, guettant la lumière qui devait les conduire finalement à Bethléem. L’Écriture nous dit, à leur propos, qu’ils entrèrent dans la maison, trouvèrent l’Enfant avec Marie, sa Mère, et lui rendirent hommage en se prosternant devant lui (Mt. 2,11).

La découverte du Christ passe par la rencontre de la Mère du Sauveur on ne dissocie pas la Mère de l’Enfant, ni l’Enfant de la Mère, parce que le mystère même de l’Incarnation ne prend tout son sens que par la collaboration fidèle et humblement consentante de celle que la Tradition nommera la Theotokos.

Le monde d’aujourd’hui a besoin de rencontrer le visage de son Sauveur et le visage de sa Mère. Le monde est saturé d’idéologies et de philosophies qui, quel que soit leur apport, ne répondent cependant pas à son besoin vital, à ses interrogations essentielles.

Récemment, je demandais au théologien allemand, Karl Rahner, comment il expliquait l’actuel recul de la piété mariale dans l’Église. Sa réponse mérite l’attention : « Trop de chrétiens, me répondit-il, quelle que soit leur obédience religieuse, ont tendance à faire du christianisme une idéologie, une abstraction. Et les abstractions n’ont pas besoin de mère. »

Ce que Marie offre au monde d’aujourd’hui, c’est la réalité vivante et concrète du Sauveur du monde, dans son Incarnation. Elle nous accule à croire que le Christ n’est pas comme nous imaginons parfois inconsciemment, un être partiellement Dieu et partiellement homme, mais qu’il est totalement divin et totalement humain. Marie est la sauvegarde du réalisme de l’Incarnation.

Texte choisi par Pascal Murri, gracieusement mis à disposition par la Communauté Saint Bruno (Centre laïc de la vie cartusienne)
www.selignac.org

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