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« Autoportrait au radiateur » : Joli livre en fleurs… rose, orangé voilà pour la couleur des tulipes. Elles ont accompagnés du mieux qu’elles pouvaient Christian Bobin, tout au long des jours qui ont suivi le décès de son amie. Par quelques lignes, entre le 6 avril 1996 et le 21 mars 1997, l’auteur nous livre son cœur… A l’écoute du bruit du monde… Mon coup de coeur.

 

« Mon Dieu, pourquoi avez-vous inventé la mort, pourquoi avez-vous laissé venir une telle chose, elle est si douce la vie sur terre, il faudra que votre paradis soit éblouissant pour que le manque de cette vie terrestre ne s’y fasse pas sentir, il faudra que vous ayez du génie pour me donner une joie aussi pure que celle de l’air frais d’une matinée d’avril, oui il faudra que vous ayez beaucoup de talent donc d’amour pour que, dans votre paradis, aucune nostalgie ne vienne de cette vie-là, blessée, petite, muette. »

« Je ne vis pas tout le temps. Je ne suis pas vivant pendant une journée entière. Qui l’est ? Ce qu’on appelle une vie, c’est tout sauf « une »

—c’est  ligoté en surface et discontinu en dessous, troué, déchiré, décousu, éclairci de tous côtés.

 

L’enfance est longue, longue, longue. Après vient l’âge adulte qui dure une seconde et la seconde suivante la mort éclate, ruisselle.

 

« Aujourd’hui j’ai cru te voir. Tu marchais sur un trottoir, devant un immeuble près du mien. Même silhouette, même franchise de l’allure, même allégresse du pas…Cette inconnue ne saura jamais avec quelle violence elle est passée dans mes yeux ressuscitant une seconde l’espérance de te voir pour l’anéantir à la seconde suivante… »

 

« Depuis quelque temps je suis comme une souris sous le parquet de bois, dans une maison abandonnée. Je grignote du silence et j’en ai tellement devant moi, en si grande quantité, que je ne sors plus, même pas la nuit.»

 

« Il fait froid et les radiateurs ne marchent pas. Il sort d’eux que je viens de rouvrir un bruit d’eau murmurante, une fine chanson de pluie, agréable pour qui est à l’abri sous un toit… »

 

« IL a suffi que je m’absente toute la journée : à mon retour je découvre les tulipes courbées vers la lumière, ployées vers la lumière, tendues vers la lumière avec une telle intensité, que j’en suis presque gêné et que j’ai l’impression de surprendre un secret, de voir ce qu’il est interdit de voir. »

 

Marie-José

 

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