cassandro affiche

Cassandro est un phénomène dans son domaine, un personnage haut en couleur, comme ses combinaisons et son maquillage les soirs de match. Il évolue dans un monde étrange, où les performances physiques sont réelles et où la mise en scène du spectacle est aussi précise que les détails des costumes. Il faut briller, scintiller, éblouir mais surtout se cogner aux adversaires, combattre sur le ring. Spectacle étonnant de voir ces hommes, habillés comme des travestis outranciers, bondir, sauter, tomber et rouler sur le ring pour la plus grande joie du public !

 

 

La réalisatrice Marie Losier nous fait pénétrer dans cet univers, avec une caméra 16mm qui donne une tonalité un peu irréelle à tout le film. Mais tout est si incroyable dans la vie de Cassandro, de son vrai nom Saúl Armendáriz. Enfant battu puis méprisé par son entourage car homosexuel, il trouve un refuge dans la lucha libre, goûte à la joie de l’entrainement avec le groupe. Il prend goût à la scène et aux cris du public. Il se donne physiquement à fond, mélange drogues et alcool et arrête toutes les addictions le 4 juin 2004, date qu’il se fait tatouer dans le dos.

 

C’est aussi un homme physiquement meurtri, au corps déchiré, recousu, aux nombreuses cicatrices, aux os broyés que la religion et la spiritualité réconfortent. Chez lui, un autel expose pêle-mêle des images de la vierge et de sa petite cousine, des photos de sa mère, de lui en costume de scène, des breloques souvenirs de voyage et ses médailles. Bougies, encens, plumes, il participe aussi aux rituels religieux indiens. Lucide :  »On dit que la religion c’est pour ceux qui ont peur de l’Enfer mais la spiritualité, c’est pour ceux qui sont déjà allés en Enfer. Comme moi. »

 

 

Habitant à la frontière des Etats-Unis et du Mexique, il bouscule aussi les frontières du monde sportif et artistique et celles de son sexe, étant à la fois homme et femme, heureux de se déguiser, de faire partager sa passion. Effondré à la perspective d’arrêter le spectacle parce que son corps ne peut plus suivre le rythme que son envie de remonter encore et encore sur le ring lui impose.

 

Pour dire ce corps usé et reprisé, qui aujourd’hui fait constamment souffrir Cassandro, cette vie hachée mais dont il aime le clinquant et le kitch, Marie Losier opte pour des images et une mise en scène saccadée, déroutante, où les feux d’artifice ont toute leur place. Cassandro est pétillant, explosif, touchant, pathétique. Le film en fait un portrait digne, même dans la démesure.

 

Magali Van Reeth

 

 

Source et images : Signis