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Adaptation du livre de Rhidian Brook Dans la maison de l’autre, le film lie plusieurs histoires et parcours dans un triangulaire amoureux en mettant l’humain au centre de tout et en faisant tomber peu à peu les certitudes et préjugés de chacun. Il y est question d’écoute, d’empathie, d’humilité et de pardon. Par Florence Vallée de Signis.

 

 

Le film se déroule en 1946, quelques mois après la fin de la guerre, dans la ville de Hambourg qui vient de subir de terribles bombardements. Rachel vient rejoindre son mari Lewis Morgan, colonel britannique, en charge de la reconstruction de la ville. Ils emménagent dans une grande demeure où ils doivent cohabiter avec les anciens propriétaires allemands, Stephan Lubert, architecte, et sa jeune fille de seize ans, Freda. Les retrouvailles ne sont pas aussi faciles qu’espérées. Il faut s’accommoder de la promiscuité et de la solitude plutôt que de l’intimité et apprendre à vivre avec  »l’ennemi ». Les blessures de guerre de chacun ne sont pas aisées à panser et seuls le temps, l’humilité, l’empathie et l’Amour pourront aider chacun à reconstruire sa vie et se reconstruire personnellement.

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Le film nous projette dans une période délicate et peu souvent abordée, l’après-guerre en pays « vaincu », et nous pose encore aujourd’hui de nombreuses questions. Quel est le rôle de la guerre ? Y-a-t-il un seul responsable? Le mal n’a-t-il pas été commis dans les deux camps ? Y-a-t-il un vainqueur ? Quels sont leurs droits et devoirs envers les vaincus…

 

Il y est question de « nouveau départ » et de reconstruction pour trois personnes Rachel, Lewis et Stephan avec en toile de fonds la reconstruction d’une nation et d’une ville. Comment peut-on survivre au traumatisme de la guerre et notamment à la perte d’un être cher, que ce soit son enfant, sa mère ou sa femme ? 

 

Rachel arrive d’Angleterre nourrie d’un ressentiment latent envers des étrangers qu’elle considère comme des ennemis et des intrus. Elle voudrait effacer ces années de guerre et retrouver sa relation  »d’avant » avec son mari dont elle se sent de plus en plus éloignée et incomprise. Le décès de leur fils Michael pendant la guerre a été une bombe dans leur couple et la parole n’a pas été au rendez-vous. Lewis, son mari, est un soldat qui a combattu au front et a évolué vers un poste dans l’administration. C’est un héros de guerre, fort, viril, mais lui aussi traumatisé par ce qu’il a vu et qui peine à faire le deuil de son fils. Lewis adopte une attitude de bienveillance envers l’ennemi et considère que l’on ne peut pas blâmer toute une nation pour ce qui est arrivé.

 

 

Stephan ne peut plus exercer son métier d’architecte et se retrouve à élever seul sa fille adolescente Freda qui lui reproche de ne pas avoir pu empêcher la mort de sa maman dans un bombardement. Il est dans le camp de ceux qui devraient  »payer » le prix de la défaite. Rachel va finalement se sentir attirée par Stephan, lui aussi meurtri par le décès de sa femme, et qui comprend son chagrin. Leurs désespoirs vont s’accorder et leur permettre d’envisager l’avenir et de prendre un nouveau départ.

 

Le film est tiré d’un best-seller international, publié en 2013, Dans la maison de l’autre de Rhidian Brook. Celui-ci s’est inspiré de l’histoire de son grand-père, Walter Brook, en charge de la reconstruction après- guerre et qui avait fait le choix de ne pas expulser les propriétaires allemands de la maison dans laquelle il vivait. Ridley Scott est co-producteur du film et a tout de suite adhéré au scénario lorsque celui-ci lui a été présenté par le producteur Jack Arbuthnott. En effet Ridley Scott a lui aussi vécu à la même époque en Allemagne, alors qu’il avait dix ans, son père étant un membre important de l’armée.coeurs_ennemis_2

 

Les personnages sont complexes et le jeu des acteurs tout en finesse et sensibilité, les images et la lumière magnifiques (même si certaines scènes paraissent trop belles pour être vraies dans un tel contexte) et l’ensemble rend le film authentique. Les parcours de reconstruction varient selon les trois héros mais l’espoir est au bout du quai de la gare et chacun va pouvoir retourner à la VIE et continuer à cheminer.

 

 

Florence Vallée

 

Source et images : Signis