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Célébration du quotidien dans ce qu’il a de plus ordinaire et de plus dramatique, ce portrait contemporain de l’Algérie est avant tout du beau cinéma. Avec Magali Van Reeth de Signis.

 

 

 

L’histoire

Dahman est un médecin qui aimerait bien avoir une promotion et attend sans doute un peu trop pour se décider au mariage. Djalil est un jeune homme amoureux, Lila une enseignante divorcée, Mourad un entrepreneur dépassé par les nouvelles méthodes d’acquisition des marchés. Tous doivent faire des choix, en fonction de ce qu’ils sont et de ce qui les a construits.

Le réalisateur Karim Moussaoui nous fait vivre quelques jours avec eux, dans la simplicité de leur vie et la simplicité de leurs drames. Lâcheté face à une agression, incompréhension face à un jeune homme doué qui arrête ses études, hésitation entre deux soupirants. Mais aussi les grands drames du terrorisme et de l’Histoire, dont les séquelles surgissent encore quand on ne les attend plus.

 

 

Chronique d’un pays

D’ailleurs le réalisateur nous met aussi dans cet état d’inquiétude sourde, presque inconsciente, jouant avec nos références cinéphiles. Des couloirs un peu trop longs, une porte ouverte sans qu’on sache pourquoi le personnage ne la pousse pas, quelques secondes de trop passées à regarder un pan de route ou de mur : on attend toujours plus qu’il n’y aura. En attendant les hirondelles n’est pas un film d’épouvante mais une touchante chronique d’un pays qui n’a pas vu venir son printemps, le portrait de ceux qui ne savent ni nommer leur malaise ni empoigner leur futur. Ces hommes et ces femmes qui se croisent dans une très belle chorégraphie nous ressemblent trop pour qu’ils soient détestables. On est touché par leurs doutes, si justement exprimés par les acteurs.

 

Karim Moussaoui ancre son film dans les paysages de l’Algérie, que ce soit la beauté splendide des campagnes ocres et rocheuses, le scintillement du ciel ou les amoncellements de gravats dans les friches urbaine

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s. La mise en scène fait jaillir le quotidien dans les scènes de café, derrière les fenêtres où se tiennent les protagonistes, dans les rues parcourues en suivant les voitures : c’est la vraie vie qu’on donne à voir pendant qu’on nous raconte l’histoire de ces quelques personnages.

C’est aussi un film musical : la musique au bar de l’hôtel, une joyeuse troupe de musiciens croisée en plein désert lorsque deux amoureux doivent se choisir ou se quitter, et enfin lors d’un mariage. A chaque fois, des moments comme en suspens, qui accélèrent le romanesque du cinéma et lui donnent une étonnante tonalité qui nous touchent durablement.

 

 

Magali Van Reeth

 

 

Source : Signis