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Dans une fiction basée sur des faits réels, François Ozon met en scène avec justesse et sensibilité le combat pour la libération de la parole et la demande de justice d’hommes abusés dans leur enfance au sein de l’Eglise ainsi que ses répercussions dans leur famille. Le film – qui vient de recevoir l’Ours d’argent au Festival de Berlin – saisit et interroge, ouvrant au débat. Deuxième regard sur le film, par Pascale Cougard de Signis.

 

 

 

Le film

Le film commence par un plan de dos montrant l’archevêque de Lyon en habit liturgique qui, sortant du porche de la Basilique de Fourvière, s’avance pour bénir la ville à ses pieds. Tous les personnages seront ainsi filmés de dos chacun à leur tour, représentant, au-delà des histoires singulières, habilement nouées en un crescendo dramatique saisissant, tous ceux qui sont aujourd’hui, médiatiquement ou pas, impliqués dans les abus sexuels.

 

On découvre d’abord l’histoire d’Alexandre (Melvil Poupaud lumineux), catholique pratiquant fervent qui, retrouvant dans une paroisse de la ville le prêtre l’ayant abusé trente ans auparavant lorsqu’il était scout, sort du silence en écrivant au cardinal, épaulé par sa femme et ses fils adolescents. C’est en voix off que les mails grace a dieu 4échangés informent de la progression laborieuse d’une quête personnelle qui reste d’abord dans le cadre du diocèse puis en déborde, lorsque d’autres victimes se font entendre, par une déposition de plainte dans un commissariat. Ce qui permet l’entrée de François (Denis Ménochet, à la présence puissante), ce personnage athée au franc-parler énergique qui finit par créer une association de victimes réclamant la destitution du prêtre, grâce à laquelle, dans la foule des témoignages, surgit le personnage d’Emmanuel (Swann Arlaud frémissant de sensibilité), le plus déconstruit de tous.

 

 

 

La réalisation

La caméra suit de près les moments collectifs de repas et d’échange (deux fêtes de Noël) dans chaque famille, lorsqu’explosent les tensions et que fusent les paroles longtemps réprimées, les débats entre les fondateurs de l’association (« on ne fait pas ça contre l’Eglise mais pour l’Eglise » dit Gilles (Eric Caravaca), les récits des victimes, chacun singulier, pudique, hésitant ou entrecoupé de pleurs ; avec quelques flash-back qui incarnent, sans la montrer pleinement, la violence subie par les enfants – une thématique chère au réalisateur.

 

Deux courtes scènes de confrontation avec le prêtre pédophile (Bernard Verley dont le jeu subtil campe la complexité) montrent l’emprise qu’il veut toujours avoir sur ceux qu’il a abusés enfants et posent la question du pardon, centrale pour la morale et la religion. Le pardon est-il possible en dehors d’un cadre juridique ? grace a dieu 5

 

 

 

Les lumières

Utilisant de nombreux clairs-obscurs ou des flots lumineux venant en contre-jour des vitraux de l’église, des fenêtres des pièces où se déroulent les entretiens, l’image montre ce que demande Alexandre : que la lumière soit faite sur l’obscurité du silence de l’institution. Le dernier plan revient sur la Basilique illuminée dominant la silhouette d’Emmanuel qui marche dans la nuit.

 

Libre à chacun d’interpréter le silence d’Alexandre lorsque son fils le questionne à la fin : « Tu crois toujours en Dieu ? » ; mais ne sera-ce pas pour lui l’occasion d’expliquer que dans cette affaire de pédo-criminalité il ne s’agit pas de Dieu ou de la foi ?

 


Des choix

On regrette d’ailleurs que le titre reprenne une expression malheureuse du cardinal Barbarin. Au vu des polémiques engagées autour du film avant sa sortie, il n’était pas non plus utile d’utiliser les noms de personnes réelles mélangés à des patronymes de fiction.

 

grace a dieu 6Le réalisateur ne cherche pas à aborder toutes les questions que pose la pédophilie, il veut prendre le point de vue des victimes et montrer leur souffrance, ce qu’il fait avec finesse. N’oublions pas que son film, fruit d’un travail documentaire sérieux, s’inscrit dans un temps où l’Eglise catholique, au Vatican, mais aussi en France et ailleurs, prend enfin conscience de la gravité de la situation et s’en empare pour affronter concrètement la réalité de la pédophilie.

 

 

Pascale Cougard

 

Premier regard sur le film :    http://www.pasaj.ch/cinema-grace-a-dieu-i/

 

Source et images : Signis