Her affiche

L’histoire

Habitant Los Angeles dans un environnement confortable, Théodore ne se console pas de sa rupture avec Catherine. Ce n’est pas du désespoir mais plutôt une nostalgie qu’entretient autant qu’il l’adoucit un métier étonnant : créateur sur le net de lettres affectueuses pour parents, enfants, grands-parents, amis ou amoureux. Lorsqu’un nouveau programme informatique lui propose la compagnie d’une femme virtuelle dont la voix murmurera dans son oreillette sans qu’il la voie jamais, il saisit aussitôt cette occasion de combler son vide affectif.

 

L’intelligence artificielle

« Her 1Her » appartient à cette catégorie de films de science-fiction situés dans un futur proche qui, extrapolant la pointe de nos progrès scientifiques, donne à penser sur la technicité galopante. Oscar du meilleur scénario original, le sujet de cette aventure amoureuse virtuelle est stimulant pour l’esprit : quel pouvoir – libérateur ou envahissant ? – les machines prennent-elles sur notre esprit ? Que devient la vie intérieure lorsque la conscience est ainsi sans cesse stimulée par des artifices ?

 

 

« Elle », c’est Scarlett

« Her », c’est donc Elle « cette voix vibrante de rêve et de chant qui [l’] affole » (1) à qui il donnera le prénom de Samantha, preuve que le personnage n’existe que par et pour lui. Dans la bande-son, c’est Scarlett Johansson qui donne chair à ce fantasme et le choix de sa voix douce, tendre, tour à tour innocente ou suggestive est la plus belle réussite de ce film. Femme-objet (her en anglais et non she, forme du sujet) elle prendra congé de Théodore après lui avoir révélé le nombre impressionnant de ses amoureux virtuels. Et Her 2l’amoureux reste sur son désir, comme le spectateur restant sur sa faim d’image se surprend à regretter le pari autrement audacieux d’Hirokazu Kore-Eda avec Air doll.

 

Cette vie future facile et agréable a les couleurs pastel d’un avenir sans saveur car, ce qui crève l’écran c’est la solitude de Théodore, connecté au monde entier mais incapable de tisser des relations épanouissantes avec des personnes de chair et d’os. Si bien que, malgré le talent de Joaquin Phoenix, cette aventure paraît trop longue au spectateur, preuve s’il en faut que, dans la réalité comme au cinéma, le sel de la vie est dans la rencontre de l’autre.

 

(1) : Cf le poème d’André Fontainas qui poursuit « ô sa voix je l’écoute autant que ses paroles… »

 

Michèle Debidour

 

Source et images : Signis