jusqua la garde affiche

De nombreux films ont déjà traité des violences conjugales mais le premier long métrage de Xavier Legrand, tout en tension, nous plonge par le souffle au cœur de la complexité de ces relations toxiques. Par Magali Van Reeth de Signis.

 

 

L’histoire

Tout commence par un jugement de divorce, une scène froide, précise, administrative, à l’image de la juge qui écoute les avocates du couple pour décider de la garde des enfants. Joséphine ayant presque 18 ans, on la laisse libre de choisir. Julien a 11 ans et sa mère Miriam demande la garde exclusive alors qu’Antoine, son père, veut continuer à le voir régulièrement. Dans les accusations de violence, qui a tort, qui a raison ? C’est parole contre parole, plaidoirie d’avocat contre plaidoirie. Derrière la forme juridique et des dispositions légales, il y a un couple qui se sépare, une famille déchirée, des individus en souffrance.

 

 

Ambiances en images et sons

Commencé dans l’anonymat feutré d’un bureau, le film va peu à peu monter en tension. Rarement une mise en scène aura donné autant d’importance aux respirations de chaque personnage. De celle de la juge, maîtrisant sa lassitude par l’expérience, celle de Miriam, femme apeurée, toujours sur le qui-vive, celle de Julien qui n’a pas les mots pour exprimer son ressenti, celle d’Antoine, puissante jusque dans la colère. Ces souffles de vie, souvent imperceptibles au cinéma, sont au cœur du drame et, mieux que les mots, ils sont le reflet de l’impuissance, de la peur, de la rage et de la tendresse.

S’appuyant sur une bande son très travaillée, où les bruits ordinaires fabriquent la musique du quotidien, le réalisateur nous mène inexorablement vers le drame qu’on pressent. Il s’appuie aussi sur des acteurs remarquables, Léa Drucker et Denis Ménochet pour les parents, et surtout sur Thomas Gioria, l’enfant qui cristallise toutes les tensions du couple. Il parle peu mais son visage et sa respiration disent sa profonde détresse, l’impasse dans laquelle il se trouve.

 

 

 

Du réalismejusqua la garde

Si le film est une fiction, il est aussi très réaliste, de la première à la dernière scène. Xavier Legrand s’est beaucoup documenté pour écrire le scénario et, sans insister voire même parfois très discrètement, il pose tous les jalons des violences conjugales : la violence qui engendre la violence, les enfants qui, pour fuir, reproduisent les erreurs de leurs parents, la difficulté de porter plainte quand il n’y a pas de coups, la solitude des protagonistes, la souffrance terrible des enfants pris en otage par leurs propres parents.

 

Si par son sujet même, le film est dur, il ne se repaît pas dans la violence et la garde à une distance nécessaire pour toucher le spectateur sans l’écœurer. La mise en scène est ciselée, centrée sur le personnage du père et sa relation avec son fils, leurs souffrances, tout en nuances et complexité, laissant toujours le spectateur juge de ses opinions. Le montage accompagne Antoine dans la montée en tension, par delà la fête de l’anniversaire de sa fille où il est indésirable, jusque dans la stupeur de son déferlement de rage.

 

Pour toutes ces qualités, au Festival de Venise 2017, Jusqu’à la garde a reçu le lion d’argent du premier film.

 

 

Magali Van Reeth

 

Source et images : Signis