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Superbe mise en images du texte de Marguerite Duras où le réalisateur étire le temps de l’attente, pour cerner au plus près cette douleur complexe et bouleversante. Entre fiction et autobiographie, un film sobre et poignant.

 

 

 

L’histoire

Partant du texte de la romancière Marguerite Duras, le réalisateur met en image la souffrance d’une femme qui attend des nouvelles de son mari. L’action se déroule pendant une année, à Paris entre juin 1944 et juin 1945. Toute l’Europe est ravagée par une guerre menée contre les nazis et partout les populations civiles souffrent durement. Mais pour Marguerite, le personnage principal, seule compte sa douleur. Comme elle est romancière, elle va quasiment se dédoubler pour coucher par écrit la douleur de l’attente, de l’incertitude.

Un face à face troublant qu’Emmanuel Finkiel met brillamment en images.

 

 

 

Les acteurs

Il s’appuie sur Mélanie Thierry qui se coule avec naturel dans ce personnage de jeune Parisienne et d’icône de la littérature contemporaine. Son visage où passent des émotions si complexes, son corps secoué de peur, de larmes ou de colère, apparaissent tantôt en pleine lumière, tantôt cernés de flou, d’ombres. Tout est enfermement : le couloir d’un appartement, les portes, les rideaux, les immeubles qui cachent le ciel. Tout est agression : les passants dans son champ de vision lui paraissent insouciants, préservés du drame qu’elle vit, les conversations des clients au restaurant, tous collaborateurs avec l’ennemi. Et même la douleur des autres, qui détournent un temps Marguerite de sa propre souffrance, est insupportable.douleur 2
 

Avec Mélanie Thierry, il y a Benoît Magimel qui, lorsqu’il est bien dirigé peut donner de puissantes compositions, comme c’est le cas ici. Il est Rabier, le collabo chargé de pister les réseaux de résistants, dont fait partie Robert Anthelme, le mari de Marguerite. Rabier sait qu’il est en position de pouvoir sur cette femme qui le supplie de lui donner des nouvelles, tout comme il a conscience d’être sensible à son charme, à son statut de romancière. Benjamin Biolay est Dionys, membre du réseau de résistants et proche de Marguerite. Une proximité ambigüe que Finkiel suggère plus qu’il ne montre. Cette discrétion participe aussi au flou et à la complexité des 3 personnages. On ne sait jamais quand ils sont vraiment sincères, dans leurs doutes ou leurs certitudes.

 

Puisque nous sommes dans un film sur la douleur de l’attente, c’est la seconde partie du film qui est la plus longue, après la libération de Paris. S’il a fallu plusieurs années pour que le quotidien se normalise et que la nourriture ne manque plus, il a fallu de très longs mois pour que reviennent les prisonniers et les détenus des camps de concentration. Tout l’hiver, Marguerite est claquemurée chez elle, volets fermés. Elle attend des nouvelles et lorsque peu à peu arrivent les premières informations sur l’horreur des camps, la peur et l’appréhension viennent brouiller sa douleur. Pour Marguerite, mieux vaut l’attente infinie qu’une certitude décevante.

 

 

 

Les images

Le réalisateur place quelques dates et repères historiques au coeur de son film. Les images montrent ce qu’il faut sur le retour des déportés, l’arrogance des vainqueurs du jour et l’aptitude des foules à changer de camp. Le coeur du film, c’est le ressenti de Marguerite où, entre enfermement et dédoublement, un écrivain se regarde vivre minutieusement. C’est aussi la douleur de toutes les femmes, dans toutes les guerres, qui attendent le retour de ceux dont elles n’ont plus de nouvelle. Une attente qui change la perception du temps, du monde extérieur et de la relation à l’être aimé et qu’Emmanuel Finkiel transcende au cinéma.

 

Magali Van Reeth

 

Source et images : Signis