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Fabienne est la mère de Lumir, qui est scénariste et habite avec sa famille aux Etats-Unis. La publication des mémoires de Fabienne ramène Lumir dans la maison familiale parisienne. Ce retour est l’occasion de raviver le passé, de régler les comptes, de dénouer des non -dits, de révéler des secrets de famille enfouis. Présentation par Chantal Laroche Poupard de Signis.

 

Le film s’ouvre sur un large plan en plongée sur un jardin d’automne aux feuillages splendides et colorés. Nous sommes dans le jardin de la maison de Fabienne ; celle-ci, (Catherine Deneuve), star de cinéma d’un certain âge, est interviewée chez elle.

 

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Sa fille Lumir (Juliette Binoche) arrive avec son mari, sa fille et ses valises de reproches et de rancunes ; la confrontation éclate, des cris de psychose hitchcockienne retentissent, parsemés d’allusions au passé. Lumir reproche à sa mère de n’être jamais venue la voir lorsqu’enfant, elle jouait le rôle de Dorothée dans Le Magicien d’Oz. Fabienne n’a pas hésité, tout comme le Magicien d’Oz, à prendre une place de souveraine suprême, quitte même à récupérer un rôle à la suite de la mort d’une certaine actrice.
 

Tandis que des hommes sans trop d’épaisseur gravitent autour de Fabienne et Lumir, l’amour entre elles semble impossible ; Lumir accompagne pourtant sa mère sur un tournage où celle-ci joue dans un film de science-fiction sur le thème de la relation mère-fille. Fabienne y incarne la fille d’un certain âge d’une mère éternellement jeune ; cette mise en abyme mêle fiction et réalité et on ne sait si c’est le Magicien d’Oz, ou ce rôle qui effectue subrepticement la métamorphose de Fabienne. Kore Eda nous amène sans formulation, sans un mot vers le nouvel état d’âme de celle-ci, qui, transfigurée par l’amour, ira même jusqu’à demander de rejouer  »la scène » centrale du film, car, ayant trouvé sa  »Vérité », elle s’en sent à présent capable.

 

Et c’est là l’espoir que Kore Eda laisse entrevoir en nous offrant une très belle séquence finale, baignée de musique symphonique et de lumière radieuse, tandis que Fabienne admire le ciel d’hiver dans son jardin parisien où elle rejoint sa famille.

 

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Hirokazu Kore Eda est un réalisateur japonais multi-primé : au festival de San Sebastian en 2008, il recevait une mention du prix SIGNIS pour Still Walking puis, toujours à San Sebastian, le prix SIGNIS en 2011 pour I Wish/Nos Vœux secrets. A Cannes en 2013, une mention spéciale du prix œcuménique récompensait Tel père, tel fils et il a obtenu la palme d’or en 2018 pour Une Affaire de famille. Il filme la famille avec sagacité mais que l’on ne se méprenne pas, les films de Kore Eda ne sont pas que drames, ils sont aussi des comédies, où légèreté et l’humour sont là : légèreté de la grâce et de l’insouciance de l’enfance, incarnée ici par la petite-fille de Fabienne ; humour quand l’actrice du film de science- fiction trouve les larmes nécessaires à son jeu  »dramatique » dans le chagrin que lui cause la mort… de son petit chien.

Et Catherine Deneuve à la fois drôle et émouvante campe magnifiquement le double  »je/jeu » par lequel Koré Eda l’incite à perdre le spectateur afin que celui-ci démêle par lui-même la subtilité et la vérité du scénario.

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Chantal Laroche Poupard

 

Source et images : Signis