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Savoureuse rencontre entre deux hommes, bien différents sur leurs positions vis-à-vis de l’institution à laquelle ils appartiennent, et qui vont peu à peu apprendre à s’écouter. Par Magali Van Reeth de Signis.

 

Les personnalités des deux derniers papes de l’Eglise catholique étant si différentes, et la façon dont ils se sont succédé si inattendue et sans précédent, il y avait forcément matière à inspirer une mise en fiction. Quelques temps avant d’annoncer sa renonciation, Benoît 16 convoque le cardinal argentin Bergolio qui, lui, veut présenter sa démission. Le film est centré autour d’une longue conversation entre ces deux hommes, qui va durer près de 48 heures et bouleverser profondément le Vatican.

 

Au début du film, Benoît 16 apparaît comme le personnage désagréable, figé dans ses habits blancs trop empesés, alors que le futur pape François est tout en bonhomie, sourires et simplicité. La grande force du scénario est d’atténuer peu à peu ces premières impressions et de nous amener, presque imperceptiblement, vers la complexité et l’humanité de ces deux personnages.

 

Comme souvent dans les films dont l’intrigue se déroule au Vatican, les réalisateurs sont fascinés par la théâtralité des lieux qui obligent à une mise en scène cérémoniale, dans la vraie vie comme au cinéma. Résidence d’été des papes, chapelle Sixtine, appartement privé ou vêtements des cardinaux, Fernando Meirelles sait bien relier chaque scène aux décors spectaculaires de la papauté.

 

Pour faire passer ces discussions, un peu austères pour le néophyte, le réalisateur joue la carte de l’humour et accentue la différence entre ces deux personnalités : un bon vivant venant d’un pays latin, frotté au drame intime d’une dictature sanglante et à sa proximité avec les classes populaires ; et un intellectuel germanique, peu habitué aux effusions physiques ou émotionnelles, respectant sa charge jusqu’au sacrifice. Ce sont les ficelles d’un scénario très classique avec deux personnages principaux que tout oppose et qui vont finir par se rejoindre. On peut regretter un déséquilibre dans le récit puisque seule la jeunesse de Bergolio est évoquée, ce qui donne forcément plus de profondeur à son personnage.

 

Anthony Hopkins est visiblement ravi d’interpréter le rôle de ce pape droit dans ses bottes, représentant un monde à l’ancienne, cachant sous un mépris apparent son ignorance de la vie réelle. Avec Jonathan Price, ils forment un beau duo et finalement, lorsqu’on voit à l’écran les deux  »vrais » papes, la ressemblance physique est troublante.

 

Pour les non-catholiques, Les Deux papes est un film savoureux sur une institution qui peut parfois paraître folklorique ou scandaleuse mais montrée comme un espace unique, dans un décor grandiose, où deux individus peuvent débattre avec intelligence de questions morales ou de leur épuisement face aux intrigues des hommes et au silence de Dieu.

 

Pour les catholiques, le film pose la question de la place de l’Eglise dans le monde contemporain. Pas forcément sur des questions attendues comme le mariage des prêtres, les abus sexuels ou les malversations financières mais sur la nécessité d’une adaptation profonde de l’Eglise et de ses institutions aux sociétés actuelles : compromis ou changement ?

La question traverse le film.

 

Magali Van Reeth

 

Source et images : Signis