lourdes affich

Nichée aux pieds des Pyrénées, Lourdes est une petite ville tranquille qui reçoit 6 millions de personnes par an. Pourquoi ? C’est la question que pose ce documentaire pudique et émouvant.

 

Sans Bernadette Soubirous, qui a vu une apparition en 1858, Lourdes serait restée anonyme, comme beaucoup de petites villes aux confins du pays. Aujourd’hui, c’est un des lieux de pèlerinage les plus importants pour le monde catholique, où les pèlerins venus du monde entier en font aussi l’une des premières destinations touristiques de France. Si tout au long de l’année, le sanctuaire reste ouvert en permanence pour les touristes et les croyants, de mai à septembre, c’est le temps des pèlerinages, dont l’organisation minutieuse et la diversité des participants a touché et fasciné les réalisateurs.

 

lourdes_1

Le documentaire rend bien le côté dantesque et surprenant du lieu : les handicapés, les hospitaliers, les scouts, les curés, les accompagnants, les messes, les rituels, une foule immense qui se déplace sans pagaille, de jour comme de nuit, pour la procession aux flambeaux. Dehors sous la pluie, dans les centres d’hébergements où pendant les célébrations où ils ont la meilleure place, les plus fragiles, les plus en souffrance, les plus cassés sont pris en charge et bichonnés par des bénévoles. Même si toute cette foule donne un peu le tournis, on sent bien que tout est organisé pour transformer les quelques jours de Lourdes en une véritable fête.

 

Qu’on soit ou non croyant, les réalisateurs ont su capter l’atmosphère unique du sanctuaire et transmettre l’émotion ressentie dans tous les lieux. Loin du vocabulaire ecclésial, et parfois dans un certain fouillis où le scénario part dans tous les sens (mais qui correspond au vécu d’une première visite), ils ont su rendre accessible cette étonnante visite. Aucune polémique autour des guérisons miraculeuses, ni mépris face aux gestes de dévotion, leur regard s’attache à dire cette foule priante qui cherche des signes de consolation.

 

Quelques personnages permettent au spectateur d’entrer plus profondément dans le mystère de Lourdes : une jeune fille un peu trop grosse dont le beau visage exprime toute la détresse d’être moquée au collège ; un homme atteint de la maladie de Charcot, tétraplégique, qui n’ose pas demander sa guérison ; un officier dont les deux enfants sont gravement malades ; un groupe de prostitués mené par un homme-femme profondément pieux ; la gaieté des militaires au café après la messe ; les gitans, leur immense croix fleurie et leur capacité à voir des apparitions partout.

lourdes_2

Que viennent-ils chercher ? Un miracle ? Pas sûr… sans doute juste un peu d’attention, un regard plein de bonté, sans jugement, qui leur est donné au nom de la Vierge ou d’une humanité que le lieu permet et décuple : Lourdes respire la compassion autant que la dévotion. A la grotte, des mains caressent la paroi de pierre, effleurent l’eau, allument des cierges à la flamme d’autres douleurs, prières silencieuses pour ceux qui n’ont plus les mots pour dire leurs souffrances et savent qu’ils n’ont rien à exiger.  »Nous sommes une communauté de condamnés à mort » : lucidité de celui qui est gravement malade mais conscient des vertus de la communion d’esprit.

 

Grâce au beau travail sur les images et la lumière, le documentaire arrive à transmettre cette émotion qui serre le cœur lorsqu’on approche de la grotte et que l’abandon de ces personnes en prière, si différentes, si surprenantes, fait venir les larmes aux yeux. En confiance, les malades peuvent murmurer leur prière si bouleversante à la caméra qui, loin de tout voyeurisme et avec beaucoup de délicatesse, redonne de la dignité à ces personnes handicapées, diminuées, différentes, trop souvent rejetées à la marge de nos sociétés. En somme, le miracle quotidien de Lourdes

lourdes_3

 

Magali Van Reeth

 

Source et images : Signis