marie madelein affiche

Avec l’aide de ses deux scénaristes féminines, Garth Davis (Lion, Top of the Lake) réhabilite la figure de Marie Madeleine en lui donnant, pour la première fois au cinéma, le rôle principal et en revisitant sa place et celles des femmes aux côtés de Jésus. Par Valérie de Marnhac, de Signis.

 

 

Un projet artistique

Selon sa productrice Liz Watts, le film n’a ‘‘aucune prétention théologique ou historique mais une dimension artistique ouverte à toutes les interprétations’‘. Et les exégètes eux-mêmes ont varié au fil des siècles sur la personne et la place de Marie Madeleine dans l’histoire du Salut.

 

Dans l’imaginaire collectif actuel, elle est plus proche de la pécheresse repentie de Luc (7, 36-50) ou de la femme aux sept démons (Luc 8,2), déclarée comme prostituée par le pape Grégoire le Grand au VIème siècle, que de la Sainte reconnue récemment par le pape François comme  »l’apôtre des apôtres » qui a annoncé la première la Résurrection du Sauveur. Et si on l’a vue au cinéma âgée et fatiguée, sous les traits d’Anne Bancroft, dans le Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, nous retenons plus facilement d’elle les courbes de Monica Bellucci dans la Passion du Christ de Mel Gibson ou celles de Barbara Hershey, amoureuse déçue et se prostituant par provocation au début de La Dernière tentation du Christ, de Martin Scorsese.

 

Mais c’est d’une tout autre femme dont nous parle ici le deuxième long métrage du réalisateur. En refusant de se marier pour pouvoir suivre le  »guérisseur » dont elle pressent qu’il est le Royaume, elle s’oppose au carcan familial et à la société patriarcale de son époque. Menacée par ses propres frère et père qui la pensent possédée, elle finit par rejoindre Jésus et par occuper la première place au sein du groupe des apôtres. De même, lors d’un dernier repas apocryphe plus proche d’un banquet de noces que de la Sainte Cène, elle se tient à la droite du Christ, en marie_madeleine_1préfiguration probablement de sa place au pied de la Croix lors de la Passion, dont on ne verra que quelques brefs plans.

 

 

 

Des restitutions et des libertés

Malgré ces libertés prises avec les Ecritures, Garth Davis réussit à restituer le mystère de Jésus, sa nature à la fois humaine et divine, et renouvelle ici, à travers sa relation avec Marie Madeleine, son véritable Amour, son intimité chaste et sa grande proximité avec les femmes. Interprété par Joachim Phoenix (L’Homme irrationnel, Two Lovers), il parait plus vieux que d’habitude mais conjugue pour le rôle sa force et son charisme à une véritable douceur bienveillante. Quant à Rooney Mara (Caroll, Her dans lequel ils jouaient déjà ensemble), elle campe une Marie Madeleine à la fois douce et mystique mais libre et déterminée. A noter le personnage de Judas, joué par Tahar Rahim, lui aussi revisité et transformé en un apôtre enthousiaste, presque exalté par la libération qu’il attend, et dont la trahison à peine évoquée parait liée à son immense déception.

 

Lors du tournage en Sicile et en Italie, dont les paysages et les images sont d’une grande beauté, les acteurs ont été amenés à passer de longues semaines d’imprégnation des lieux, des costumes, des coutumes de l’époque, pour ensuite improviser leurs personnages au plus proche du réel.

 

Mais ce film à la distribution internationale peut aussi trouver des résonances avec notre monde actuel et nous amener à réfléchir, selon les pays, aux relations entre hommes et femmes ou plus généralement à la place de ces dernières au sein de l’Eglise d’aujourd’hui.

 

Valérie de Marnhac

 

Source : Signis