mignonnes_3

Lors de sa sortie en salle et via des sites d’abonnement, ce long-métrage a été au centre d’une polémique car on y voit de très jeunes filles danser de façon outrancière. En le regardant et en écoutant les propos de la réalisatrice, il est clair que le parcours du personnage principal dénonce un travers de nos sociétés contemporaines, avec une remarquable forme artistique.

 

 

 

L’histoire

Elle s’appelle Aminata, surnommée Amy, elle a 11 ans, on la rencontre quand elle arrive dans un nouveau logement, nouveau quartier, nouveau collège au nord de Paris. Sa famille est musulmane et d’origine sénégalaise et elle comprend peu à peu, et avec effroi, que ce déménagement a eu lieu parce que son père prépare son mariage avec Mignonnes 1une deuxième épouse.

 

La période du collège (10-15 ans en France) est une des plus rude pour les jeunes enfants : l’entrée dans l’adolescence et l’âge adulte se fait sous le regard acerbe des autres collégiens. Très vite, il faut choisir son clan, s’habiller et parler comme les plus charismatiques. Amy découvre, fascinée un autre univers. Elle est comme happée par l’image que lui renvoie un groupe de filles.

 

 

 

Les femmes

Mignonnes montre Aminata déroutée par sa situation familiale et par les différentes images de la femme renvoyées par son entourage. A la maison, une mère et des tantes en costumes africains traditionnels (longues robes colorées). A la salle de prière musulmane, les femmes sont recouvertes de voiles, incitées à la pudeur extrême et à l’obéissance totale à leur mari. A u collège et dans la rue, les filles sont d’une liberté incroyable dans leurs gestes et leurs vêtements : shorts et hauts moulants attirant les regards sur leurs seins et leurs fesses. Accompagné de violence verbale et d’attitudes provocantes pour tenir à distance ceux qui s’approchent de trop près ! Et puis il y a le tourbillon d’images renvoyé par les réseaux sociaux.

 

Comment se construire lorsque tant de miroirs différents sont tendus, lorsqu’on n’a pas les mots pour exprimer sa détresse ou ses désirs ? Comment trouver l’estime de soi devant l’attitude si soumise de sa mère ? Quand les écrans omniprésents montrent les images d’une féminité trop sexualisée et dégradante, même si elle est devenue la norme pour certains ?

 

Si, en tant que spectateur, vous êtes mal à l’aise devant les scènes de danse, c’est bien l’intention de la réalisatrice. Dans son film, elle dénonce cette sexualisation trop précoces des petites filles, l’envahissement des images pornographiques dans les réseaux sociaux, et même dans la publicité. Ce n’est pas le film qui est choquant mais la réalité qu’il dénonce.Mignonnes 2

 

 

 

Portrait marquant

Dans ce portrait très réaliste de collégiennes d’aujourd’hui, Maïmouna Doucouré fait du vrai cinéma, introduisant ça et là quelques instants de magie, dont une robe ensorcelée, celle destinée à être portée le jour du mariage de son père avec sa seconde épouse. Le travail sur le jeu des jeunes actrices est époustouflant : les 5 jeunes filles de la bande principale sont confondantes de naturel, autant dans leur gestuelle que dans leur façon de parler (et rassurez-vous, elles étaient parfaitement au courant de l’enjeu du film et des dénonciations qu’il porte).

 

On gardera longtemps l’image de la mère retrouvée (magnifique Maïmouna Geye) : elle apparaît dans sa robe chatoyante, telle une reine, une reine se couronnant elle-même dans un très beau geste et une explosion de couleurs. Enfin la splendide scène finale libère Aminata de ses carcans et lui redonne sa part d’enfance. Justifiant ainsi certaines scènes du film.

mignonnes_4

 

Magali Van Reeth
 

 

Source et images : Signis