MyLady Affiche

Chaque pays a ses propres lois et traditions judiciaires en ce qui concerne la protection de l’enfance. A travers l’histoire d’une juge confrontée, à Londres, à un refus de soin pour raisons religieuses, le réalisateur questionne avec intelligence le rôle universel de la justice.

 

 

 

L’histoire et sa mise en scène

Fiona Maye est juge des affaires familiales, spécialisée les problématiques médicales. Les situations qu’elle gère au quotidien sont extrêmement délicates et fortes en drames et tragédies, comme le cas des enfants siamois qui ne sont pas viables à deux. Passionnée par son travail, exigeante et méticuleuse, Fiona a un peu oublié sa vie personnelle et sentimentale.MyLady 1

 

La solennité et le décorum de la Justice au Royaume-Uni sont en soi toute une mise en scène, que le réalisateur utilise finement pour camper la personnalité du personnage principal. Dans des locaux empreints d’histoire et de grandeur, les magistrats ne siègent pas toujours en perruque et robes noire et rouge mais toujours avec un formalisme qui tient à distance toutes les parties impliquées, y compris les simples curieux. Du greffier obséquieux aux témoins assistés, tous s’adressent à la juge Maye par l’appellation « my lady » : loin d’être un terme affectueux, c’est un usage officiel. Le titre anglais « The Children Act » fait référence à la loi britannique de 1989 stipulant que l’interêt de l’enfant prime sur toute situation ou conflit familial.

 

Fiona, toujours impeccable dans son apparence extérieure, semble gérer sa vie comme elle administre les affaires qui lui sont confiées. Son rôle est d’appliquer la loi et elle a appris à ne pas se laisser bouleverser par les accusations des familles qui se sentent lésées par ses jugements, et la presse qui les relaie. Jusqu’au jour où deux événements viennent bouleverser ses certitudes. Jack, son mari, aimerait retrouver de temps en temps son épouse et non pas la juge, toujours accaparée par ses dossiers. Et une nouvelle affaire impliquant un jeune homme mineur, témoin de Jéhovah, qui refuse la transfusion sanguine qui pourrait le sauver.

 

 

 

Un portrait

Loin d’être un film à charge contre une secte ou une croyance religieuse, ou l’histoire d’une conversion, My Lady est d’abord le portrait d’une femme qui s’est tellement identifiée à sa vie professionnelle et aux lois de la société qu’elle est chargée d’appliquer, qu’elle n’existe plus en tant que femme ou être humain. Elle est juge dans tous ses actes, jusqu’à ce que les événements, et surtout la ténacité de deux hommes, la fasse vaciller et revenir à une humanité plus complexe et plus sereine. Emma Thompson incarne avec grâce et rigueur cette dame de fer, royale et magnifique dans sa vie professionnelle, bouleversante dans les moments où elle vacille et exprime enfin des sentiments, au lieu de délivrer un jugement. Moments que le réalisateur filme au plus près de son visage et de ses expressions corporelles, où les dialogues sont inutiles tant Emma Thompson est une grande actrice.MyLady 2

 

En évitant d’alourdir son film par trop de surcharge émotionnelle, Richard Eyre pose en arrière plan beaucoup de questions pertinentes. La morale et la justice ne sont pas toujours compatibles, la liberté individuelle, la dignité de chacun et le rôle de l’état encore moins. Sans manipuler le spectateur pour imposer une thèse ou l’autre, sans désigner de coupable, ni vouloir nous émouvoir à tout prix, le réalisateur nous offre un film prenant et intelligent, et à l’aide d’une superbe actrice, nous ramène à notre responsabilité de citoyen.

 

Magali Van Reeth

 

 

Source et images : Signis

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