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Jim Jarmusch ajoute à une filmographie déjà riche cette œuvre délicieuse, hommage à la capacité de l’art à célébrer la vie. Parce que les expériences de nos vies ordinaires ont une dimension spirituelle qui nous échappe le plus souvent, ce film est précieux.

 

Paterson (Adam Driver), conducteur de bus, vit à Paterson, New Jersey. En hommage au poème Paterson (de William Carlos Williams) il compose lui aussi des poèmes. Cette histoire commence comme une pièce d’Ionesco et l’humour drolatique accompagnera tout le film, tranche de vie hebdomadaire d’un jeune couple et de leur chien. La jeune femme s’appelle Laura (à moi Pétrarque !) et a le doux visage de Golschifteh Farahani. Le chien, c’est Marvin (hommage discret à Lee) et son rôle à l’écran n’est pas uniquement décoratif (et pourtant il a un look d’enfer !).PATERSON_D28_0271.ARW

Ce qui fait l’originalité de ce film c’est que notre conducteur de bus écrit des poèmes. Son cadre de vie n’a rien d’extraordinaire : cité ouvrière, Paterson ressemble à toutes les villes un peu tristes frappées par la désindustrialisation. Il y a cependant un coin de nature où il vient à plusieurs reprises reposer son regard : une chute d’eau devant laquelle un banc invite à la contemplation. Mais plus habituellement ce sont les objets domestiques (boîte d’allumettes…) et les rencontres faites dans son bus ou au bistro qui l’inspirent. Et, miracle du cinéma, nous assistons à la genèse de cette écriture poétique dans un va et vient entre réalité extérieure et subjectivité. Paterson prend des notes dans son petit carnet et témoigne ainsi, comme l’ange Damiel des Ailes du désir de la présence du spirituel au cœur des vies humaines.

 

Sa vie de couple avec Laura rayonne de tendresse paisible : Laura admire son poète qu’elle somme de faire connaître son œuvre et Paterson accueille avec une invariable bienveillance les inspirations artistiques de Laura dont la créativité, parfois surprenante, transfigure la décoration de leur maison ou la confection de cupcakes quand elle ne se rêve pas en nouvelle vedette de la chanson ! Les poèmes de Ron Padgett s’harmonisent aux prises de vue distanciées, respectueuses de l’intimité des personnages et magnifient leur vie simple et tranquille. Comme les larges vitres du bus propices aux reflets, le regard de Paterson sur le monde est un miroir transparent offert au spectateur.paterson_2

 

Film unique sur la poésie du quotidien, cette histoire délicate est un puissant antidote aux œuvres tapageuses, démonstratives que le cinéma nous sert trop souvent. Jim Jarmusch ajoute à une filmographie déjà riche cette œuvre délicieuse, hommage à la capacité de l’art à célébrer la vie. Parce que les expériences de nos vies ordinaires ont une dimension spirituelle qui nous échappe le plus souvent, ce film est précieux.

 

Michèle Debidour

 

Source et images : Signis