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Grand Corps Malade est un slameur français à la grande silhouette dégingandée. Adapté du livre autobiographique du chanteur, Patients narre le quotidien de Benjamin, tétraplégique suite à un accident. La nouvelle vie de Benjamin est présentée avec beaucoup d’humour, sans occulter les souffrances liées à cette situation. Par Blandine Brunel de Signis.

 

 

Un biopic qui  n’en est pas un

Grand Corps Malade refuse le biopic et nomme ainsi le personnage principal Benjamin et non Fabien. Cependant, c’est bien son histoire qu’il raconte puisqu’il a vécu chacune des scènes contenues dans le film. Le réalisme est bien là et c’est en cela que le film trouve sa force. Patients nous offre à voir l’intégralité des facettes d’une vie d’handicapé en centre de rééducation et ne cache rien des bons et mauvais moments, le tout sur une année.

 

Le film s’ouvre sur une séquence en caméra subjective, avec majoritairement des plans fixes, Benjamin n’étant mobile qu’au niveau de la tête. Rapidement, nous ressentons les mêmes émotions que lui et question s’impose à nous : comment réagirions-nous à sa place ? Que ferions-nous ? Comment vivre sans toutes les possibilités qu’offre un corps valide ? Cette question de la résilience est au cœur du film, chacun des cinq personnages principaux réagissant différemment selon son caractère, son expérience et son tempérament. patients_1

Pour Benjamin, l’évidence est de se battre pour réapprendre des gestes simples (conduire son fauteuil, manger, appuyer sur un bouton d’ascenseur, donner la salière à son voisin de table) avec l’espoir de remarcher, courir et rejouer au basket. Il n’en est pas de même pour ses amis dont certains n’arrivent pas à surmonter l’épreuve de l’invalidité et de la dépendance.

 

 

 

L’humour et l’authenticité

Le film est bourré d’humour, notamment au travers des dialogues et des vannes que se balancent Benjamin et Farid, interprétés de façon toujours juste et émouvante par Pablo Pauly et Soufiane Guerrab (les trois autres acteurs principaux ne sont pas en reste sur le plan de la performance d’acteur). Sous cette apparence joyeuse, les réalisateurs nous font accéder à la patience et l’épuisement qu’engendre le handicap de nos héros : ils doivent attendre sans cesse l’aide des soignants pour aller aux toilettes, se laver, s’habiller, manger etc. L’ensemble du corps médical-soignant est mis à l’honneur dans ce film où les blouses blanches, malgré des caractères variés et pas toujours facile à supporter, sont toujours bienveillantes et « aux petits soins », sans jamais retirer leur dignité aux patients, même dans les actes les plus intimes.

 

 

De la musique

Les scènes « musicales », avec l’insertion de morceaux de rap ou de slam sur des images au ralenti des personnages en réapprentissage de leur mobilité, sont magnifiques et apportent de la légèreté à des situations et des efforts ardus. Elles sont à l’image du film et du message véhiculé : si les tétra et paraplégiques sont ralentis dans leur vie, patients_2prisonniers d’un corps qui les enferme, la mélodie se déroule et avance : leur vie continue avec des espoirs adaptés (c’est le titre du morceau en générique de fin) à leur handicap, de nouveaux rêves à espérer et à réaliser pour être heureux. Être heureux, c’est justement un objectif réalisable et atteint par de nombreux résidents du centre qui se découvrent, se vanne, s’aiment, se disputent dans ce long couloir si souvent filmé, à l’image du tunnel dont ils souhaitent voir le bout. Certes, le bonheur atteint est différent : s’il n’est plus celui d’être une star du sport et ne correspond plus aux standards véhiculés par notre société (jeune, beau, riche, en bonne santé), il se trouve dans une multitude de petits événements : un sourire de la belle Samia, une chanson de Bob Marley, une cigarette, une promenade, un Bonjour, le plaisir de rentrer chez soi et de retrouver famille et amis.

 

Blandine Brunel

 

Source et images : Signis