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Après des œuvres engagées pour la reconnaissance des droits du peuple kurde, Hiner Saleem, réalisateur autodidacte d’origine kurde irakienne, choisit l’humour poétique d’une comédie policière située dans une petite île du Bosphore pour interroger la société turque, la place qu’elle accorde à la femme et à la minorité kurde.

 

Qui est donc la jeune Lady Winsley qui, correspondante du New York Times en Turquie, a choisi d’habiter dans une magnifique maison sur la côte d’une petite île du Bosphore, face à Istanbul ? Romancière, peintre, tout autant que journaliste, elle aimait la Turquie et sa mosaïque de peuples obscurcie par les injustices et elle a été retrouvée morte en plein cœur de l’hiver. Les brumes qui voilent l’île disent bien le mystère que va devoir percer l’inspecteur stambouliote Fergan, beau ténébreux sanglé dans un imperméable à la Humphrey Bogart.

 

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On le suit dans ses découvertes : le clan des hommes, un seul plan suffit pour le camper, emprunté aux meilleurs films comiques, le coude levé pour boire ensemble en un même geste. Le clan des femmes, plus dispersé, plus empli d’émotions et tous cousins et cousines. Pas étonnant que la recherche d’ADN, pour savoir à qui appartient le sang trouvé dans l’oeil gauche de la victime, soit plus longue que prévu, surtout quand on découvre que les hommes vivants n’ont que des ADN proches et qu’il faut se tourner vers le pater familias décédé depuis quinze ans !

 

La logique policière à la Agatha Christie se faufile dès le départ habilement à travers ces tableaux tissés d’humour noir ou poétique – ainsi le commissaire local au chapeau noir qui aime jouer avec des ballons de couleur -, jusqu’à la résolution du mystère, mais on sent bien dès le départ que l’essentiel est ailleurs, malgré la question insolemment répétée : qui a tué Lady Winsley ?

 

A travers cette communauté figée dans ses traditions religieuses et ses haines, peu à peu surgissent les secrets cachés. Celui des femmes adultères, celui que traquait la romancière Lady Winsley, qui conservait des coupures de presse sur un jeune homme kurde assassiné en l’an 2000 pour en faire le sujet d’un roman inachevé. Lorsqu’un journaliste local tente de déstabiliser l’inspecteur Fergan en enquêtant sur ses origines kurdes, les plans sur les visages, les images sombres, montrent le racisme larvé qui éclate soudain. Au point que Fergan quitte l’île pour questionner sa mère. Un plan magnifique le montre recroquevillé sur le pont du ferry, tandis que la voix de cette mère, parlant sobrement devant le magnétophone qu’il lui a délicatement laissé, lui raconte son histoire :  »l’exil déracine tout, sauf les racines » et il peut être fier de venir de l’Est, car  »le soleil se lève à l’Est ».lady_winsley_2

 

Fergan, pour l’heure retourne dans l’île au Star Motel car là il a rencontré Azra qui l’attend pour lui donner l’amour dont il peut faire sa maison. Avec l’énergie retrouvée de cette étoile en robe rouge, il mènera à bien sa mission, suivant, comme les grands détectives, non une méthode mais son intuition.

 

Le réalisateur-conteur, comme Lady Winsley avec son roman, si elle avait pu le terminer, attend avec impatience que son film soit diffusé en Turquie ; ayant tourné avec des acteurs très connus par les séries télévisées, il sait que l’art du cinéma lui permet entrer dans les foyers et semer des graines de résistance, un goût de rébellion pour que disparaissent les injustices et qu’advienne un monde plus beau.

 

 

Pascale Cougard

 

Source et images : Signis