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Ce très beau premier long métrage de Jessica Palud nous emmène vers la réconciliation et ce, avec finesse et pudeur, dans un drame familial et social du monde agricole. Par Chantal Laroche Poupard de Signis.

 

Adapté librement d’un roman de Serge Joncour, où le héros parti loin de sa famille revient dans la ferme familiale pour annoncer sa mort prochaine, le scénario de Revenir s’écarte aussi de celui du film de Xavier Dolan Juste la fin du monde (2016) d’après la pièce de Jean-Luc Lagarce.

Ici Thomas revient bien dans sa famille et dans la ferme qu’il a toutes deux fuies douze ans auparavant. Son frère a bien essayé d’exploiter cette ferme mais, criblé de dettes, il a mis fin à ses jours ; leur mère est sur le point de mourir à l’hôpital, tandis qu’entre Thomas et son père, rien n’a jamais été possible.

 


 Cependant il y a aussi Mona, la femme du frère et Alex, leur petit garçon ; avec Thomas (Niels Schneider), attentif et charmant, ils vont à eux trois transformer ce drame. Il s’opère alors dans ce film une sorte de magie qui convertit cette tragique histoire de famille, ce drame social en une histoire certes douloureuse, mais où l’innocence et une certaine légèreté sont portées par ce petit Alex joueur, réfléchi et attachant et par Mona (Adèle Exarchopoulos), vraie, enfantine et en même temps si désirable avec sa peau dorée par le soleil du midi.revenir 1

Tous les éléments du scénario semblaient mener au mélodrame, auquel la réalisatrice n’a pas cédé de place, tandis qu’elle nous livre une perception pudique des faits. Aucune lourdeur dans les démonstrations ; la caméra ne s’attarde pas sur les plans. Elle ne montre même pas la maman (Hélène Vincent) morte sur son lit d’hôpital, tandis que Thomas reste seul avec elle. De même, à peine Thomas et Mona se sont-ils aimés et roulés avec fougue dans la glaise humide et chaude de l’été que le plan change : Mona dort alors paisiblement dans son lit tandis que Thomas prend son petit déjeuner avec Alex.

 


 La jeune réalisatrice Jessica Palud parvient à effleurer les élans avec subtilité et sagacité, car dit-elle ‘‘il faut aller à l’essentiel’‘. Elle prend aussi le temps de scruter les visages, de filmer le fond de l’âme de ses protagonistes, que ce soit le cœur tendre de Mona, la délicatesse du jeu intimiste de Thomas ou les questions réfléchies de ce petit garçon.

 

Et c’est par le biais de ce petit Alex que la communication passe ; il contribue à créer des liens, d’une part entre Thomas et Mona, d’autre part entre Thomas et son père (Patrick d’Assumçao). Ces deux derniers ne communiquent que par des propos minimalistes et laconiques voire même par des silences qui ressemblent peut-être à de la pudeur.

 

Et lorsque arrive le temps de la réconciliation, dans une séquence en apparence anodine, mais symbolique où le père propose à son fils d’utiliser ses propres bottes pour aller travailler à la ferme, les langues se délient quelque peu tandis que l’émotion est filmée au plus près.

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Camera portée à l’épaule, le directeur de la photographie Victor Seguin nous offre des visages en gros plan magnifiquement éclairés. Il capte à merveille aussi bien la beauté de jeunesse que celle de la maturité, comme celle du père. Il en est de même pour les paysages superbes de la Drôme et de l’ambiance réaliste de la vie des agriculteurs locaux qu’il a teintée de couleurs chaudes.

 

Prometteur, ce premier long métrage de Jessica Palud a été récompensé par le prix du scénario dans section Orizzonti à la Mostra de Venise 2019.

 

 

Chantal Laroche Poupard

 

Source et images : Signis