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Si vous souhaitez voir un film d’aventure épique d’une grande qualité esthétique (décors, costumes, photographie) de 2h40 et connaître le sort des chrétiens persécutés par l’Inquisition japonaise au XVIIème siècle, les images de Silence continueront à vous habiter longtemps après la projection. Car Martin Scorsese ne nous épargne aucune des tortures infligées aux missionnaires jésuites et aux convertis de l’époque mais nous entraîne avec sa caméra dans des paysages grandioses et de nombreuses questions sur la Vie, la Foi, le Bien et le Mal. Avec Valérie de Marnhac de Signis.

 

 

L’histoire

En 1634, deux jeunes prêtres jésuites, les pères Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver), demandent à partir au Japon à la recherche de leur ancien professeur, le père Ferreira (Liam Neeson), disparu et soupçonné d’avoir apostasié sous la torture. Convaincus de la foi et de la fidélité de leur mentor, ils trouvent là une mission et un silence_1sens à leur engagement. Mais confrontés à la barbarie du pouvoir sur place, ils vont devoir affronter la souffrance physique, la torture morale et emprunter des chemins de foi qu’ils n’avaient pas imaginés.

Prêts à mourir en martyr pour leurs frères, ce n’est pas le sort que leur réserve l’inquisiteur. En fin connaisseur des croyances chrétiennes, il les plonge au cœur d’un combat spirituel machiavélique, où Rodrigues va devoir choisir entre sauver ses frères ou rester fidèle au Christ en refusant de piétiner les images saintes.

 

 

 

La question religieuse

Ce combat du charnel et du spirituel était déjà au cœur de son premier film ‘religieux’ La Dernière Tentation du Christ, sorti en salles en 1988 et adapté aussi d’un roman, de Nikos Kazantzakis. Silence en constitue comme un deuxième volet. Chronologiquement déjà, c’est juste après les remous provoqués par La Dernière Tentation que Martin Scorsese a découvert le best-seller de Shûzaku Endô. Et il n’a jamais cessé d’y penser depuis, poursuivant son souhait de toujours « mieux connaître Jésus ».

La question principale qu’il aborde ici traverse les deux œuvres. En quoi la croix est-elle un passage vers le Salut ? Le sacrifice est-il nécessaire à la rédemption ? Fortement inspirée de son histoire personnelle, toute sa filmographie aborde ainsi le thème de la violence des corps. Pour La Dernière Tentation et à propos de Jésus-Christ, Martin Scorsese citait Bernard de Clairvaux : « Le secret de son cœur est révélé par l’ouverture de son corps ». Thème que nous retrouvons, au-delà de la seule histoire biblique et religieuse, dans les personnages joués par son alter-ego Robert De Niro, de Travis Bickle dans Taxi Driver ou de Jack LaMotta dans Raging Bull.silence_2

 

Autre thème cher à Scorsese, et que l’on retrouve ici incarné par le personnage de Kichijiro, celui de la trahison. Comme avec Nicky Santoro (Joe Pesci) dans Casino, nombre de ses films évoquent le traitre qui précipite l’histoire dans la déchéance et la chute. Mais il en fait ici un personnage qui nous rejoint, humain par sa faiblesse, misérable dans sa recherche de pardon.

 

Silence est un film nécessaire dont les échos n’ont pas fini de résonner dans notre monde actuel et qui prouve une nouvelle fois la force du cinéma comme art de l’incarnation.

 

Valérie de Marnhac

 

Source et images : Signis