So long affiche

Venu de Chine, un film captivant où on suit un groupe d’amis, ballottés par les drames de la vie que la politique de leur pays décuplent. Une fresque cinématographique éblouissante ! Avec Magali Van Reeth de Signis.

 

Au cœur du film, il y un drame lié à la politique de l’enfant unique, qui a été durement appliquée à partir de 1979, pour tenter de limiter la croissance exponentielle de la population chinoise. Et peut être aussi pour stigmatiser encore plus toute activité sexuelle que la Révolution culturelle réprouvait. Mais Wang Xiaoshuai évoque aussi l’amitié d’un groupe d’amis, la difficulté de rester libre et soi-même dans une situation politique de soupçon et de terreur ; et le temps qui passe et transforme les individus et sépare les générations.
 

Au début des années 1980, Yaojun, Liyun et leur fils Xing-Xing sont très proches d’une autre famille, dont le fils Haohao a le même âge. Ils travaillent dans la même usine et vivent dans la même cité ouvrière au so long 1centre de Pékin. Lorsque Liyun s’aperçoit qu’elle est enceinte, Yaojun et elle aimeraient garder ce nouvel enfant. C’est le début d’un drame qui aura longtemps des répercussions sur tout le groupe d’amis. Yaojun et Liyun en seront bouleversés à jamais, portant en eux cette douleur et ce regret, qu’une autre catastrophe viendra amplifier.

 

En mélangeant les époques, en intercalant des souvenirs dans une discussion et passant sans transition d’un personnage à un autre, le réalisateur nous montre que le présent est un temps en mouvement , où le passé existe dans les cicatrices de la chair et les souvenirs des événements qui nous ont construits ; et où le futur est indéchiffrable mais étroitement lié au passé…

 

Si la durée du film peut faire peur (un peu plus de trois heures), le rythme ne laisse place à aucune lassitude et au contraire, la mise en scène interpelle sans cesse le spectateur. En morcelant le temps du récit et en ne donnant pas toutes les explications, on est sans cesse pris à parti, surpris et bouleversé, autant par les événements que par la grâce qui émane de nombreux plans.so long 2

 

Parmi les scènes remarquables du film, il y a l’ouverture, où des enfants jouant au bord de l’eau dans la lumière ocre du couchant sont filmés de très loin, le son nous permettant de comprendre ce que nous ne pouvons pas voir ; celle, spectaculaire et toute en nuances de gris (celui des vêtements des ouvriers) où le directeur de l’usine annonce les licenciements, dans un épais silence d’où monte peu à peu une rageuse cacophonie. Mais les scènes plus intimistes, comme celle d’un couple pique-niquant au milieu des filets de pêche et d’un amoncellement de cageots ou celle, douce et pudique, où des amants se disent adieu, sont à la fois poignantes et brillantes d’un point de vue cinématographique.


Depuis la fin de la Révolution culturelle, le gouvernement chinois a peu à peu assoupli sa politique. so long 3Témoins étonnés de ce nouveau monde, Yaojun et Liyun reviennent sur les traces de leur passé, à la fois apaisés et déroutés. Le temps de la réconciliation permet de clore en douceur cette épopée. Les cicatrices ne s’effacent pas mais ils ont appris à vivre avec. Avec So Long, My Son, le réalisateur Wang Xiaoshuai, sous une forme éblouissante, nous offre un grand film,

 

Magali Van Reeth

 

 

Source et images : Signis