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Ni vrai documentaire, ni réelle fiction, Swagger est un beau moment de cinéma. Il porte à l’écran la vitalité d’une bande de collégiens et saisit la joie fragile de ces jeunes bouillonnant d’énergie et de rêves.

 

Dans un collège d’Aulnay, à la périphérie de la région parisienne, le réalisateur nous amène à la rencontre de 11 jeunes du quartier. Des garçons et des filles d’aujourd’hui, bien dans leur époque, au fait du moindre changement de mode vestimentaire, à l’affût des nouvelles musiques et dont la vie se partage entre les cours et la famille. Ils s’appellent Ayssatou, Mariyama, Abou, Nazario, Astan, Salimata, Naïla, Aaron, Régis, Paul, Elvis, ils sont petits ou grands, enrobés ou maigrelets, timides ou blagueurs, de peau claire ou foncée, ils sont tous Français mais aucun « Français de souche ». Cette souche d’ailleurs les intrigue beaucoup…

 

Le réalisateur Olivier Babinet a passé de longs moments avec les personnages du film et les autres collégiens, pour les habituer à la caméra, pour les mettre en confiance avant de leur donner la parole. Le résultat est saisissant de naturel et de spontanéité et leurs discours, jamais dans la plainte ou l’agressivité, montrent une heureuse lucidité sur leur quotidien. Tout le film se déroule dans leur quartier, au collège, au stade, entre les grandes barres d’immeubles. Mais grâce à un bel élan de cinéma, quel souffle, quelle ouverture !swagger_1

 

Le rythme du film suit celui des jeunes, alternant les moments très rapides, très fluides et ceux où ils parlent face à la caméra. Avec une utilisation très pertinente des drones, la caméra venue du ciel virevolte entre les immeubles, escalade les façades pour entrer dans une chambre où Régis se prépare minutieusement à partir au collège, pendant que sa mère frappe à la porte pour activer le départ. Les couloirs du collège sont des tremplins d’envol pour cette troupe bruyante et blagueuse où l’indiscipline est la marque d’une trop grande vitalité. La cour est une scène où tout devient possible, même un défilé de mode. L’humour et la poésie arrivent comme par inadvertance et la vie de ces collégiens devient alors magique.

 

L’émotion survient lorsque les jeunes se tournent vers nous pour nous parler, de leurs rêves, de leurs étonnements ou de leur chagrin. Il n’y a ni misérabilisme ni voyeurisme, tous ont été habitué à la caméra. Même lorsque Mariyama n’arrive pas à se présenter face à la caméra. Elle recommence, cherche sa respiration les yeux baissés, ouvre la bouche, bafouille et finit par dire qu’elle n’y arrive pas. Mais plus tard dans le film, elle saura parler avec lucidité de sa timidité et de ses joies. Les paroles des adolescents montrent une honnêteté et une clairvoyance qui renvoient le spectateur à ses préjugés… On est aussi frappé de constater combien la religion est très présente dans leur pensée, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Même si, avec beaucoup d’humour, le réalisateur nous montre que l’un des postes d’observation pour le trafic de drogue est le toit de l’église, où la croix éclairée toute la nuit est le meilleur allié des dealers !swagger_2

 

La photo et le soin apporté aux cadres sont d’une beauté sidérante et, à elle seule cette beauté donne le sens profond du film : montrer combien ces vies-là sont précieuses et dignes d’être respectées et aimées. Quand un réalisateur apporte autant de soin à ses images, lorsque l’esthétique n’est pas une manière de se montrer mais de mettre en lumière les sujets qu’on filme, on touche l’essence même de l’art. Swagger est une œuvre de cinéma qui saisit l’instant, cet instant toujours tumultueux et si éphémère de l’adolescence et qui a su trouver la forme intelligente pour le faire. Quand au titre du film, il vient d’un vocable beaucoup utilisé par les jeunes lors des premiers repérages, ’’swag’’ et qui remonte à un vers de Shakespeare dans Le Songe d’une nuit d’été :

’’What hempen homespuns have we swaggering here, So near the cradle of the fairy queen ?’’
’’Quels sont ces rustiques personnages qui font ici les fanfarons, Si près du lit de la reine des fées ?’’

 

swagger_3Magali Van Reeth

 

Source et images : Signis