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L’ouverture saisissante : au son d’une valse, un entrepôt alimentaire plongé dans la pénombre s’éveille peu à peu, entre lumières des néons et silhouettes furtives s’activant autour des rayonnages. Toute l’action du film va se dérouler principalement dans les allées de cet entrepôt où Christian vient d’être embauché à l’essai comme manutentionnaire. C’est un jeune homme timide qui s’exprime plus par les tatouages de son corps que par la conversation avec ses collègues.

 

 

La réalisation

Le réalisateur allemand Thomas Stuber s’est inspiré d’une nouvelle de Clemens Meyer pour parler de la solitude dans les sociétés contemporaines. Cet entrepôt est un magasin d’alimentation en gros, un  »temple de la consommation »où les clients viennent acheter des comestibles et des boissons en grande quantité, sans avoir de contact avec ceux qui y travaillent. Entre eux, les manutentionnaires utilisent un humour un peu rude, et si certains sont plus loquaces que Christian, ils sont tous très pudiques.

 

 

Acteurs touchants

in den gangen 1Les deux acteurs en vogue du cinéma allemand, Franz Rogowski et Sandra Hüller, illuminent le film de leur présence, incarnant avec justesse ces gens simples pour qui la vie n’a pas été très tendre. Dans cette région de l’ancienne Allemagne de l’est, la mélancolie d’une époque révolue, d’une jeunesse perdue, d’un travail plus palpitant, étreint ces ouvriers de l’ombre qui sont passés d’un gros camion sillonnant l’Europe à un chariot élévateur bridé. L’exotisme, ce sont les allées remplies de pâtes italiennes aux noms si amusants, et le mur de la salle de pause orné d’un palmier au soleil couchant.

 

On est vite touché par ces manutentionnaires bourrus qui savent prendre soin les uns des autres, toujours en retrait dans leurs sentiments ou leurs souffrances, les consignes qui sont faites pour être détournés.Une Valse dans les allées met de la poésie dans ce lieu à part, si rarement montré au cinéma, et du romanesque entre la confiserie et les surgelés.

 

 

Ambiances sonores

Une bande son très travaillée accompagne les déplacements des chariots élévateurs et fait ressortir le joli froissement des emballages de bonbons, le moindre cliquetis des bouteilles de bière. On réalise peu à peu que c’est bien le bruit des vagues de l’océan qui enveloppe les rencontres de Christian avec la pétillante Marion. Parfois, la caméra sort de l’entrepôt et l’œil du réalisateur peut, avec le même talent, rendre splendide la banalité des paysages urbains et des autoroutes au crépuscule, comme il sait montrer crûment la tristesse déchirante des solitudes au long court, en s’attardant dans leurs lieux de vie.

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 »Heureux les cœurs purs » soulignait le jury œcuménique de la Berlinale 2018, en décernant son prix à Thomas Stuber. Avec ce film doux amer, poétique et original, le réalisateur nous donne à toucher le merveilleux du cinéma et laisse au spectateur une impression durable.

 

Magali Van Reeth

 

Source et photo : Signis