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Dans un film comme toujours très esthétique, Terrence Malick renoue avec la réalisation historique, ici la narration dramatique de la vie de l’autrichien Franz Jägerstätter, grand croyant ayant refusé de faire allégeance à Hiltler, ce qui lui a valu d’être emprisonné, torturé, jugé et guillotiné en 1943. Franz Jägerstätter a été reconnu comme martyr par le pape Benoit XVI et béatifié en 2007.

 

Franz et Fani, paysans des Alpes autrichiennes se marient, ont trois joyeuses petites filles et mènent une vie tranquille dans le petit village de Radegund où tout sourit, tout fleurit jusqu’à ce que, la guerre ayant éclaté, le nazisme vienne voiler et obscurcir leur vie. Franz doit quitter sa vie sereine et champêtre, il doit laisser Fani et ses enfants pour rejoindre l’armée ; porté par sa conscience et sa foi profonde partagée avec son épouse, il refuse de faire allégeance au Führer, refuse d’assassiner des innocents, refuse le nazisme, la soumission, la haine.

 

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Commence alors un long calvaire pour Franz et Fani ; celle-ci, est regardée de travers par les habitants de son village ; elle est considérée comme l’épouse d’un traitre ; dans sa geôle Franz ne connaît que violence et stupeur ; malmené de prison en cachot, de jugement en verdict, il est alors condamné à mort. Franz a donné sa vie ; mais n’avait-il pas fait entrevu son destin, tandis qu’il avait croisé un calvaire lors d’une promenade si paisible ?

 

Les images étaient alors sublimes ; Terrence Malick montrant la beauté de la nature, du monde : la caméra inclinée sous les arbres magnifiés, nous rappelant ses contre-plongées vertigineuses des paysages américains de son film The Tree of Life. La musique lyrique superbe de James Newton Howard nous transportant dans les montagnes lumineuses, dans les fermes laborieuses, sur les visages des paysans nourrissant leurs animaux, semant des champs moissonnés, tandis que la caméra s’attardait en gros plan sur des mains abîmées travaillant la terre.

 

Quand Franz et Fani traverseront le pont du Danube qui les mènera à la gare de leur adieu, ils seront accompagnés par des chœurs de musique sacrée qui arrachent les larmes et unissent l’amour au désespoir bien vite rattrapé par leur foi profonde, leur conscience digne face à la montée de la terreur, de l’horreur indicible. En harmonie avec leur conviction et de leur foi, l’amour de Franz et Fani est tellement évident et pourtant si pudique. Tout n’est pas montré, la  »suggestio » parle ; elle évoque avec des touches délicates les sentiments qui deviennent visibles. Et dans les moments que l’on estime insoutenables, rien n’est montré de façon vulgaire, crue ou voyeuriste. Et rien n’est superflu dans l’interprétation, sensible de l’allemand August Diehl, délicate de l’autrichienne Valerie Pachner et ultime du regretté Bruno Ganz.

 

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Une Vie cachée, secrète, un film profond et lumineux qui amène les uns au sommet de la conscience, élève les autres au divin en levant le voile sur celui qui a donné sa vie, qui a donné son corps, laissant les paroles de Jésus résonner dans l’Evangile selon saint Luc (12, 2-4) :  »Rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est secret qui ne sera connu… Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et après ne peuvent rien faire de plus ».

 

 

Ce film est à diffuser sans modération à tous, adultes, jeunes, adolescents, ceux qui n’ont pas connu de guerre et oublient souvent le prix de la Paix, gagnée par des personnes comme Franz Jägerstätter et des milliers de héros ou héroïne(s) inconnu(e)s ayant, comme lui, donné leur vie.

 

Au Festival de Cannes 2019 où le film était présenté en compéttion officielle, il a reçu le prix du jury oecuménique, avec la motivation suivante : ‘‘L’histoire de Franz Jägerstätter, un fermier autrichien, qui, avec le soutien de son épouse Fani, refuse de prêter allégeance à Hitler, met en scène un profond dilemme. La haute qualité cinématographique, en termes de réalisation, de scénario et de montage, permet d’exprimer et d’explorer les questions qui se posent à la personne confrontée au mal. C’est un récit universel à propos des choix que nous avons à faire et qui transcendent les préoccupations terrestres pour suivre la voix de sa conscience. »

 

 

Chantal Laroche Poupard

 

Source et images : Signis