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Autour de la question très actuelle du harcèlement, la réalisatrice Michal Aviad réalise un film à la fois réaliste et original, ancré dans le quotidien de la société israélienne et dépassant largement le contexte local.

 

On fait la connaissance d’Orna lorsqu’elle vient de trouver un nouveau travail. C’est une jeune mère de famille dont le compagnon se démène pour faire tourner le restaurant qu’il vient d’ouvrir et les finances du ménage sont dans le rouge. Orna est embauchée chez un promoteur immobilier, Benny, croisé lorsqu’elle faisait son service militaire obligatoire, son ancien commandant qui avait apprécié son sérieux.

 

Troquant son jean-tee shirt pour une tenue plus sérieuse, Orna est avide d’apprendre et ne compte pas ses heures. Israël est un pays en chantier où les plus beaux sites sont vendus par appartement avec vue sur la mer à de riches étrangers. Le travail ne manque pas et elle est vite efficace, dévouée et un peu grisée par cette nouvelle vie.

 

La grande qualité de ce film est sans doute la façon subtile de s’attacher à des détails pour montrer l’insidieuse escalade de petits gestes déplacés – mais jamais répréhensibles – qui enferme Orna dans une bulle où elle est manipulée sans le savoir par son patron. Si Benny n’a pas forcément le physique d’un séducteur, il est le patron et il a la carrure d’un homme sûr de lui. Il la complimente sur ses vêtements, suggérant quelque chose de plus élégant, s’excuse aussitôt d’un baiser volé. Il sait qu’Orna dépend de lui pour ce travail, un voyage professionnel à Paris lui fera franchir les limites.

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Orna n’est pas riche ni célèbre, elle doit travailler pour nourrir sa famille. Lorsqu’elle trouve enfin la force de quitter ce travail, et surtout ce patron toxique, elle est sous le choc. Transpercée par la honte et la révolte, elle n’a pas les mots pour dire ce qui s’est réellement passé. Son compagnon non plus ne comprend pas.

 

Les acteurs sont épatants, que ce soit Liron Ben-Shlush qui incarne avec naturel toute la fragilité et la déroute d’Orna ; et Menashe Noy endosse – pour la bonne cause – le rôle difficile du prédateur. Avec une mise en scène fluide, sans insistance ni explication, la réalisatrice trouve le ton juste pour dire ces situations trop souvent banales et qui déstabilisent de nombreuses femmes. On apprécie alors beaucoup cette fin qui arrive comme un pied de nez, sans violence, et qui permet à Orna de se sortir avec les honneurs d’une situation professionnelle complexe et de retrouver le sourire.

 

Au Festival de Berlin en 2011, la réalisatrice Michal Aviad avait reçu le prix du jury œcuménique, section Panorama, pour son film Invisible.

 

 

Magali Van Reeth

 

 

Source et images : Signis