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Climat : les paroles ne suffisent plus

lundi 23 juin 2008

Le réchauffement climatique, avec son cortège de catastrophes naturelles, touche avant tout ceux qui produisent le moins de CO2 et de gaz à effet de serre, les pauvres du tiers-monde. Tel est le constat dressé vendredi à Berne par les spécialistes invités par l’Action de Carême (AdC) et Pain pour le Prochain (PPP) au symposium sur la "justice climatique", auquel plus de 200 personnes ont participé.

Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, dans un vibrant plaidoyer pour la réduction des émissions de CO2, a remercié les œuvres d’entraide qui apportent leur contribution, avec leurs réflexions, à cette "justice climatique" qui devient un impératif urgent. Car pour le ministre de l’environnement, le comportement de chaque individu a des conséquences globales, comme le montrent le réchauffement climatique ou la récente crise des marchés financiers.

Le ministre a lancé une pique contre les intérêts des lobbies privés qui, comme ceux de l’industrie automobile, font appel aux instincts égoïstes et archaïques des consommateurs. Pour lui, la justice climatique ne peut être atteinte que par une démarche multilatérale, même si elle est souvent tournée en ridicule par ces mêmes lobbies.

Nord responsable du réchauffement climatique

Un Européen est à l’origine de huit tonnes de CO2 par année, soit une quantité huit fois supérieure à celle d’un Africain. Les habitants de l’Amérique du Nord chargent l’atmosphère de manière encore plus massive avec 20 tonnes de CO2 par habitant et par an. Au symposium d’AdC et de PPP, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger a mis l’accent sur la responsabilité globale portée par les pays à l’origine du changement climatique, dont la Suisse.

"Il faut mettre en œuvre tout ce qui est humainement possible. Maintenant et rapidement", a expliqué Andreas Fischlin, Directeur du Groupe d’écologie des systèmes terrestres à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). Le changement climatique est l’un des facteurs de la crise alimentaire actuelle. Il met en péril le droit à l’alimentation d’une grande partie des populations du Sud.

Mettre fin aux nationalismes égoïstes

"Nous devons réfléchir ensemble à ce que nous pouvons entreprendre afin que le droit à l’alimentation ne reste pas un vœu pieux et que les défis du changement climatique puissent être maîtrisés", a lancé d’entrée de jeu Antonio Hautle, directeur de l’Action de Carême. Soulignant que l’attitude relative au réchauffement du climat est une question globale, Antonio Hautle a estimé que l’époque des nationalismes égoïstes est définitivement révolue.

Alors qu’il y a quelques années, les émissions de CO2 dues à la combustion de charbon et de pétrole étaient essentiellement imputables aux pays industrialisés, près de 70% de toutes les émissions de CO2 depuis 1850 proviennent de l’Amérique du Nord et de l’Europe, aujourd’hui les pays émergents, comme la Chine, et dans une moindre mesure l’Inde ou le Brésil, contribuent également à l’effet de serre. Mais ils réclament eux aussi "le droit de se développer", ne voulant pas sacrifier leur croissance sur l’autel de la préservation du climat.

Haïti victime de l’Occident

Témoin venue du pays le plus pauvre de l’hémisphère américain, l’Haïtienne Alexandre Kettly, du Mouvement paysan de Papaye (MPP), a décrit les effets dévastateurs du réchauffement climatique dans son pays, où plus de 80% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté avec moins de deux dollars américains par jour. En Haïti, a-t-elle rappelé, les graves conséquences du changement climatique, "alors que nous ne portons aucune responsabilité pour le réchauffement", ne font qu’aggraver la situation de délabrement du pays aux plans économique et social. Durant les trois dernières décennies, la fréquence des désastres qui ont frappé le pays, notamment les cyclones qui ont dévasté des villes entières, a augmenté de plus de 40% par rapport aux périodes précédentes.

La militante haïtienne a qualifié d’injustice le fait que les pays industrialisés ou émergents craignent plus pour leur croissance économique que pour l’avenir de la planète. Elle a lancé un cri de détresse : l’inaction face à la menace posée par le changement climatique constitue à ses yeux une violation flagrante du droit à la vie de chaque être humain.

Les paroisses peuvent agir

Présentant un "calculateur de CO2" qui mesure l’empreinte écologique réelle des paroisses, Miges Baumann a tenu à encourager les responsables paroissiaux à améliorer l’efficience du chauffage et l’isolation des bâtiments. "Il s’agit de faire le ménage chez soi", a-t-il lancé. Pour lui, il ne fait pas de doute, les Eglises chrétiennes, dans les pays du Nord, peuvent apporter leur contribution à la sauvegarde de la Création, c’est même un impératif.

Si les économies d’énergie réalisées par les paroisses sont allouées à un Fonds pour le climat qui promeut des projets pour la protection du climat et de l’environnement au Sud (développement de possibilités peu gourmandes en énergie pour cuisiner, éclairage économique sur une base solaire, pépinières ou programme de reforestation…) alors, les efforts des paroisses seront doublement récompensés. La campagne œcuménique de carême 2009 mettra d’ailleurs l’accent sur la justice climatique, une question intimement liée à celle de la justice sociale.

Source : cath.ch

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