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Outre les astronautes, les explorateurs polaires ou les marins au long court, les moines et les moniales ont l’habitude séculaire de vivre confinés dans un lieu. «J’ai entendu souvent des gens me dire: ‘comme j’aimerais passer quelques jours dans un monastère’. Eh bien, le confinement lié à l’épidémie de coronavirus est une occasion à saisir» explique Sœur Maria Teresa de los Angeles sur sa page facebook. «Chantez, riez, dansez», dit-elle.

 

Sœur Maria Teresa de los Angeles, des carmélites déchaussées de Cadix, en Espagne, a établi un décalogue intitulé: 10 conseils d’une religieuse cloîtrée pour vivre les jours de l’enfermement et ne pas mourir dans la tentative.

 

1. Attitude de liberté

Par Sœur Maria Teresa de los Angeles, des carmélites déchaussées de Cadix, en Espagne.

Le plus fondamental est l’attitude avec laquelle vous vivez, l’interprétation que vous faites vous-même de la situation, la conscience que ce n’est pas une défaite, explique la religieuse. Paradoxalement, cela peut être l’occasion de découvrir la plus grande et la plus authentique des libertés : la liberté intérieure que personne ne peut vous enlever, la liberté qui vient de vous-même. Quand les autorités nous «forcent» à être chez nous, votre liberté consiste à adhérer volontairement, en sachant que c’est pour un bien supérieur. Libre est celui qui a la capacité d’assumer la situation parce qu’il veut faire ce qui est juste. Vous n’êtes pas enfermés chez vous, vous avez choisi d’y rester «librement».

 

 

2. La paix où l’âme s’élargit

Regardez en vous, l’espace le plus large pour vous épanouir et être heureux est dans votre cœur, vous n’avez pas besoin d’espaces extérieurs, mais de marcher librement dans votre propre monde. Faites place à la créativité, écoutez vos propres inspirations et trouvez la beauté dont vous êtes capable. Peut-être n’avez-vous pas encore découvert que dans la paix de l’âme jaillit la vie… Lorsque vous vous serez habitué à vivre en vous-même, vous ne voudrez plus sortir.

 

 

3.Travailler à la paix

Exercez des vertus qui demandent de la concentration et de la connaissance de soi, celles que nous négligeons habituellement parce que nous sommes occupés par mille tâches «externes». La façon dont vous faites face à vos propres émotions et pensées, la façon dont vous gérez vos sens et vos passions fera que vous viviez au paradis ou en enfer. Faites attention à vous et maîtrisez-vous, car si vous vous laissez emporter par la peur, la tristesse ou l’apathie, vous ne couperez guère le fil, car il n’y a pas beaucoup d’échappatoires. Disciplinez votre cœur: quand une pensée ne vous fait pas du bien, jetez-la. Essayez de vous pencher vers tout ce qui vous donne de la paix et de la joie… l’harmonie doit être cultivée.

 

 

4. Vivre et laisser vivre

Le thème chaud pour ces journées sera la coexistence. Face à la crise de la pandémie, nous sommes plus sensibles et même irritables. Vous devrez être très patient et faire preuve de beaucoup de bon sens. Nous sommes divers, chacun a une sensibilité différente pour des milliers de circonstances. Accepter et respecter les opinions et les sentiments des autres. C’est très normal, quand on est chez soi, la tendance à vouloir tout contrôler… Essayez de ne pas le faire, ce serait la cause de nombreuses confrontations et frustrations. Enlever l’importance des différences, et renforcer ce qui unit. Le seul terrain qui vous appartient vraiment, c’est vous-même : vos pensées, vos mots et vos émotions ; ne vous contrôlez pas, contrôlez-vous. De l’amour, vous tirerez compréhension et empathie, désir de donner et gratitude lorsque vous recevez. Respecter, accueillir la fragilité, dédramatiser, vivre et laisser vivre.

 

 

5. Ne pas tuer le temps

Rien ne peut créer un tel sentiment de vide et d’ennui que de passer du temps inutilement. C’est un ennemi très sérieux qui peut vous voler la paix et même vous plonger dans la dépression. Faites un plan pour ces jours et essayez de le vivre avec discipline. Le repos et l’occupation ne sont pas antagonistes, profitez-en pour vous reposer en faisant des activités qui vous détendent ou qui stimulent la bonne humeur. Prenez votre temps avec les choses simples : prenez des oignons doux, des pois chiches tendres, mijotez un ragoût à feu doux… Nous avons le temps ! Même si un ragoût vous prend deux heures, prenez plaisir à le faire, mais insistez sur le fait que les choses que vous faites, aussi simples soient-elles, ont une valeur et un but, ne perdez pas de temps sans signification, «tuer le temps» c’est tuer la vie.

 

 

6. Elargir ses propres frontières

Combien de fois nous sommes-nous plaints de tout ce que nous avons laissé en plan par manque de temps… Allez, maintenant nous l’avons !…Ce livre qu’on t’a donné il y a trois Noëls et que tu n’as pas lu, cet autre que tu n’as toujours pas rendu parce que tu l’as laissé au milieu. Si vous aimez la musique, cherchez de nouveaux artistes, découvrez de nouveaux genres. Vous voulez faire un voyage? Pensez à un pays exotique et découvrez sa culture, sa langue, ses traditions… nous avons internet pour cela.

 

Si vous êtes une personne de foi et de prière, peut-être ne savez-vous pas pour quoi prier parce que vous avez déjà épuisé tout ce que vous savez. Pourquoi ne pas essayer la liturgie des heures? Téléchargez-la sur votre téléphone portable. Cherchez dans les écrits d’un saint, vous trouverez sûrement beaucoup de choses qui rempliront votre âme de nouvelles lumières. Ne vous contentez pas de ce que vous savez et connaissez déjà… maintenant qu’il y a une opportunité, ouvrez vous à de nouvelles choses qui vous apporteront la sagesse et vous rempliront de joie.

 

 

7. Pour les plus sensibles

Je le dis de façon très réaliste, nous n’avons pas tous la même maîtrise des émotions. Il y aura des gens dont la psychologie rendra cet enfermement beaucoup plus difficile. Les émotions ne viennent pas seulement de notre intérieur, mais ce que nous voyons, entendons, touchons, etc. nous influence. Nous devons donc être sélectifs avec ce que nous recevons de l’extérieur pour éviter d’entrer dans des cercles vicieux qui nous piègent dans le désespoir ou nous font perdre le contrôle.

 

Évitez autant que possible : les conversations pessimistes, les disputes, les visages mauvais, les excès d’informations, les films d’horreur ou d’intrigue, le désordre à l’intérieur de la maison. Comme il n’y a pas beaucoup d’évasions qui nous font changer de «puce», tout ce qui entre dans notre cerveau y restera plus longtemps que d’habitude, nous devons donc faire attention à ne pas être obsédés ou à ne pas laisser une émotion négative se nicher en nous.

 

Les écrans en excès sont également mauvais, car ils surstimulent le cerveau et nous rendent plus nerveux. Il faut bien dormir, mais trop de choses peuvent provoquer un sentiment d’échec ou de défaite. Un très bon remède pour canaliser l’énergie et se détendre est de danser. Mettez de la bonne musique et riez longtemps en dansant. Rien de tel que de rire pour relancer notre système intérieur.

 

 

8. Ne restez pas isolés

Il est important de comprendre que vous n’avez pas à vous sentir seul, car vous ne l’êtes pas. L’amour et l’affection de vos proches sont toujours là, même si le contact physique a été éloigné. C’est l’occasion de faire l’expérience de la communication à un autre niveau, plus profond, plus intime. Parlez à ceux que vous avez chez vous avec tranquillité, sans précipitation, écoutez-les jusqu’à la fin, laissez le dialogue faire naître la confiance et la complicité.

 

Dites ce que vous n’avez jamais le temps de dire, dites ce que vous avez toujours voulu dire, parlez de tout et de rien mais avec amour, ce qui atteint l’âme et y fait un nid. Répondez à cette carte de Noël que vous n’avez pas remerciée, à la lettre qui vous a ému et à laquelle vous reportiez une réponse, à ce courriel d’un vieil ami. Cherchez les mots avec beauté, essayez d’exprimer vos sentiments les plus nobles… Parlez avec votre cœur et créez des liens beaucoup plus profonds avec les gens. Vous découvrirez que la distance n’est pas l’absence.

 

 

9. Journée de réflexion

Pour ne pas se laisser submerger, il convient également de rechercher des moments de silence et de solitude. Lorsque vous organisez votre temps pour ces journées, mettez également des espaces pour une «oxygénation» individuelle.

 

Combien de personnes ai-je déjà entendu dire : «Comme j’aimerais me retirer dans un monastère pendant quelques jours ! L’opportunité est ici, chez nous. D’ordinaire, nous subissons l’accélération comme si nous étions débridés par la routine quotidienne sans avoir le temps d’assimiler ce que nous vivons. Nous attendons des changements substantiels dans la société. «Cela ne peut plus durer», entend-on aussi souvent. Eh bien, nous avons cette possibilité d’entrer  dans un cocon comme la chenille qui se transforme en papillon. Réfléchir, penser, méditer… Que puis-je changer en moi pour être mieux après ces journées?

 

La séparation des choses que nous avons habituellement avec nous, aidera à voir si nous mettons vraiment l’accent sur les choses qui comptent, sur les autres choses dont nous pouvons nous passer. Un bon discernement rendra ces journées très utiles. Nous serons des femmes et des hommes nouveaux après cette crise.

 

 

10. Prier

Seule la prière, qui est le lien d’amitié avec Dieu, peut soutenir la vie dans toutes les situations, en particulier dans les situations adverses. La prière qui, comme le disait sainte Thérèse, «bien que je la dise à la fin, est la principale». Prier, c’est s’ouvrir à cet «Autre» qui peut me soutenir quand j’ai besoin d’aide; mais aussi quand je suis bien, prier, c’est soutenir les autres qui en ont besoin. C’est l’expérience la plus universelle de l’Amour.

 

Priez, parlez à Dieu, les heures passeront sans que vous vous en aperceviez: parlez-lui de tout, il ne se lasse pas de vous écouter, laissez-vous décharger sur lui quand vous en avez besoin et pourquoi pas? Exercez votre foi et votre confiance.

 

Si vous avez quitté votre relation avec Dieu depuis l’aube de votre première communion, essayez à nouveau, maintenant il y a du temps et de la sérénité pour lui parler. Peut-être ne croyez vous pas  parce que vous n’avez pas essayé? 

 

 

Source : cath.ch