Lors de notre article précédent,"Marie-Madeleine épouse du Christ ?", nous avons vu que les preuves d’une union entre Marie-Madeleine et Jésus étaient bien fragiles.
La thèse de Dan Brown
Pour les tenants d’une telle hypothèse, cette absence de preuve est justement le signe que l’Eglise a cherché à dissimuler l’incroyable vérité (un peu facile ?). C’est ce que suggère le Da Vinci Code. Dan Brown « rappelle » en effet que « la Bible telle que nous la connaissons aujourd’hui a été collationné par un païen, l’empereur Constantin » qui, en convoquant le concile de Nicée en 325, a « façonné pour une grande part le visage actuel du christianisme ».
Autrement dit, c’est Constantin qui a effacé les traces du mariage de Jésus et Marie-Madeleine en finançant « la rédaction d’un Nouveau Testament qui excluait tous les Evangiles évoquant les aspects humains de Jésus ». Dès lors, « les premiers Evangiles furent déclarés contraires à la foi, rassemblés et brûlés », fait dire Dan Brown à son héros.
De tels propos sont, là encore, truffés d’erreurs grossières :
Question d’antériorité
Premièrement, on laisse entendre que les évangiles apocryphes sont antérieurs aux canoniques, ce qui est faux (pour rappel l’évangile de Philippe que cite Dan Brown date du IVème siècle). Certes, le ivre évoque l’existence d’une source « Q », qui serait le témoignage que Jésus lui-même aurait laissé et que le Vatican cacherait. Or, cette fameuse source Q (de quelle = source en allemand) n’est qu’une hypothèse forgée par un bibliste allemand Friedrich Schleiermacher en 1832 pour rendre compte des similitudes entre les Evangiles de Matthieu et de Luc notamment.
Il ne s’agit donc ni d’un manuscrit dissimulé, ni d’un texte faisant des révélations contraires au canon. En outre, concernant les « aspects humains de Jésus », les Evangiles canoniques fournissent généralement plus de détail que les apocryphes.
Le Concile de Nicée
Deuxièmement, il est erroné de faire du Concile de Nicée l’organe qui a constitué le canon du Nouveau Testament : non seulement Constantin n’a jamais fait rédiger aucun évangile, mais le canon est le fruit d’un long travail de sélection que mena l’Eglise à partir du IIème siècle et qui s’acheva avec le Concile de Carthage (397). A Nicée, ce furent de toutes autres questions qui occupèrent les esprit, en particulier celle de l’arianisme, théorie relative à la divinité du Christ et qui fut alors déclarée hérétique.
Une immense supercherie ?
Enfin, la thèse de Dan Brown suppose que les innombrables lettres pastorales des évêques et des Pères de l’Eglise des trois premiers, témoignant de leur foi au Christ des évangiles canonique et à laquelle même des auteurs païens font référence avant « le virage décisif de l’histoire chrétienne » (Nicée, 325), tout cela serait le fruit du labeur des scribes de Constantin, qui ont ensuite largement diffusé cette littérature aussi abondante que variée, après l’avoir habilement antidatée, de manière à ce que personne, ni à l’époque ni par la suite, ne se soit jamais rendu compte de l’immense supercherie ?
Décidément, il faut beaucoup de foi pour croire les théories de Dan Brown…
Voir aussi :
Les évangiles sont-ils fiables ?
La transmission des évangiles, quelle garantie d’authenticité ?
Prochain article : Marie Madeleine ou les 3 Marie ?
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