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Ces jours-ci, avec la COVID-19 et l’ambiance pré-apocalyptique digne des films d’Hollywood qui règne dans certains supermarchés du Québec (ndlr : où habite l’auteur de ces lignes), cette phrase vient me réconforter.

« Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. » (Psaume 22,4a)

 

Cette crise qui nous oblige à ralentir me rappelle que la mort, elle, rôde toujours autour de nous. Sans arrêt et sans avertissement. Elle a soudainement le dernier mot, et les jours de joie se transforment à la vitesse de l’éclair en jours de deuil. Ma tristesse laisse couler des larmes et me questionne sur la finalité de ma vie, dans une société que j’aime, mais qui privilégie la puissance, le pouvoir, l’autosuffisance cloisonnée et la recherche excessive du plaisir égoïste.

 

Les larmes coulent parce que, à la pensée de la mort, je me rends compte du vide et de la vacuité de mes propres efforts surhumains pour survivre. Parce que, tout à coup, j’ai nettement l’impression que je n’ai rien fait de ma vie et que je serai aspiré dans un grand vide lorsque mon souffle sera libéré du corps qui l’habite. Serait-ce une dépression qui se cache? La vérité toute simple? Ou bien un moment de ma vie où le soleil est trop puissant pour que je le vois?   

 

 

Et puis, survivre à quoi? Et à qui?

D’abord, survivre aux aspects les moins reluisants de notre société ; les « ravins de la mort » qui sont présents et mettent la vie de mon âme en danger tous les jours : ambition, recherche du pouvoir pour le pouvoir, orgueil, avidité, cupidité, manque d’empathie et de présence à l’autre. Des ravins que je désire traverser avec la foi presque aveugle et plutôt charbonnière de mon enfance : chapelet de bois d’olivier au poignet et dialogue avec Dieu à propos de tout et de rien. Avec une lecture informée de l’Évangile et la vie communautaire qu’elle inspire.

 

« Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal. »

 

Car, le Seigneur est un berger. Et, lorsque j’entends son appel, qu’il soit triste parce que j’ai marché dans les ravins de la mort et qu’il me désire encore et toujours et parce qu’il désire pour moi ce qu’il y a de meilleur. Il désire pour mon cœur un sentier qui, hors des ravins de la mort, reconnaît la vie fragile et la protège. Un cœur qui reconnaît la vulnérabilité comme une qualité et non comme un signe de faiblesse.

 

Oui, en traversant les ravins de la mort, mon cœur enfermé dans ses tourments entend tout de même la voix de Celui qui m’a toujours aimé. Et, comme Thérèse de Lisieux qui croit qu’aucun péché n’est plus grand que l’amour que Dieu nous porte, je me mets à espérer.

 

Comme un rayon de soleil traverse les nuages de l’automne et illumine les couleurs infinies de la forêt, je n’ai plus peur de ces derniers moments qui précèdent la mort. Car, plus je pense à la mort, et plus j’y vois, dans la foi chrétienne, le renouveau de la vie. En prendre conscience maintenant, c’est orienter sa vie vers davantage de miséricorde, de gentillesse, de bonté, de partage, d’efforts pour donner sa vie : totalement et sans regret comme le chantait la grande Édith Piaf : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. »

 

« Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ;  
il me conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. »

 

Je regardais dernièrement un documentaire produit en Grande-Bretagne. On y découvre que les moutons, qui sont considérés dans la culture populaire comme étant des animaux bêtes, sont plutôt intelligents, sensibles, capables de reconnaître au moins une cinquantaine de moutons faisant partie de leur troupeau. Mais ce qui me fascine le plus est la reconnaissance qu’ils ont de leur pasteur. Ainsi, deux pasteurs de moutons ont été placés à l’entrée d’un petit parc, chacun avec des friandises. Les moutons sont allés directement vers leur pasteur, qu’il soit placé tout près ou plus loin de l’entrée du parc. Le pasteur inconnu n’a été considéré par aucun des moutons, malgré les friandises qu’il offrait également. Quelle confirmation sur la vérité de ce psaume! Dieu est un berger que je reconnais. Bien sûr, j’ai toute liberté pour l’éviter. Mais, ces « prés d’herbe fraîche » qu’il m’offre sont si beaux et si bons! Et, soudainement, la mort n’a plus le dernier mot.

 

Le vide de la mort est un ravin traversé. Nous en traversons beaucoup dans nos vies. Certains sont plus longs que d’autres. Mais, dans la foi et dans l’amour, la voix de celui qui nous aime jusqu’au bout attire vers de meilleurs ailleurs.

 

Pourtant, plus jeune, on n’écoute pas toujours la voix. Avec la mort qui vient, on sent que la vie éternelle est vers la voix. Comprendre la différence entre attendre que la mort vienne et marcher dans le ravin de la mort avec confiance parce que le berger est tout près, c’est comprendre que nous pouvons, nous aussi, avec nos moyens limités, construire le Royaume. Il faut d’abord que le cœur se mette au diapason de cette voix du Bon Pasteur.

 

Ainsi, je saurai traverser les ravins de la mort en ne craignant aucun mal. Je serai guidé. Même le martyre ne me fera plus peur. Comme Oscar Roméro, comme sœur Dorothy Stang, comme tant d’autres qui ont donné leur vie pour le salut de l’être humain. Parce que « le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer ».

 

 

Mario Bard,  responsable de l’information au bureau canadien de l’Aide à l’Église en détresse (AÉD Canada).

 

 

Source : Interbible

 

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