La question est délicate à plus d’un titre, non seulement parce que la réponse suppose bien des nuances ; mais aussi parce qu’elle exige de s’interroger avec délicatesse sur ceux qui la posent ou se la posent. Qui interroge ? Qui appelle ? Est-ce l’incroyant, du fond de son impossibilité, de son courage et de sa solitude ? Est-ce celui qui est sur le seuil, au bord de la reconnaissance, sur le point de se joindre au peuple des croyants ? Est-ce le croyant lui-même soumis à l’épreuve qui n’épargne aucune vie ? Et puis quel est le ton de la question ? Est-il anxieux, avide, est-ce celui de la dérision ou de la colère, est-ce l’espoir fou ou la crainte d’être déçu ? Nous avons tant besoin de joie, et elle nous paraît souvent tellement improbable !
Approches mystérieuses
Les croyants le savent : leur expérience est provocante et contradictoire. Ils rencontrent aussi bien un retour chaleureux pour la joie dont ils témoignent parfois, que des volées de bois vert pour leurs « gueules d’enterrement ».
Mais ils savent aussi, de source sûre et profonde, le lien secret qui est entre leur foi et la joie fragile. Ils savent qu’un jour, jeunes ou vieux, ils ont éprouvé ce que c’est que le coeur qui déborde, le monde qui s’ouvre, ce chant profond de la vie qui porte à la louange, ce bouleversement, ce moment inattendu, inespéré où l’on parvient à se croire aimé, où l’on s’entend dire : « Je t’ai appelé par ton nom ».
Alors même que l’on sait son péché, ses limites, le peu que l’on est dans l’histoire de l’univers et même parfois dans l’histoire des siens, ce moment où tout est changé alors même que rien ne l’est. On sait, on a perçu, aperçu, un peu, à peine mais suffisamment toutefois, ce que c’est de pouvoir se rendre, comme de tomber aux pieds du Seigneur et dire avec Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
Intuitions, approches mystérieuses, que recouvrent ensuite les travaux des jours, l’ordinaire des situations ou leurs tracas extraordinaires. On aimerait tant que ce soit un état durable, stable, on voudrait avoir atteint un plateau et n’en pas redescendre.
La joie que donne la confiance
À noter : pour tout homme, pour toute femme, et souvent dans leur enfance même, cette joie n’est pas une inconnue, fussent-ils à des années-lumière de la foi. C’est que cette joie-là jaillit de la confiance. Or, si démunies, si pauvres soient-elles, les existences sont rarement totalement privées de l’expérience de la confiance, même si dans la durée cette confiance est durement attaquée. Même déçue, elle a pu, un jour, exister.
On ne fait jamais confiance sans que l’éclair de la joie traverse le coeur. L’amitié, l’amour donnent d’éprouver cette allégresse légère, cette liberté neuve : la confiance ouvre les horizons, transfigure le monde. D’inquiétant ou hostile, il devient accueillant, praticable en tout cas. La peur tombe. La solitude recule ; le noir se dissipe. Éclate la joie, la joie fragile. Car la confiance pas plus que la foi n’est un acquis assuré. Le fait de croire en Dieu n’est pas comme un objet qu’on possède, un contrat qui protège, une assurance sur l’avenir.
C’est un élan, un mouvement, celui même de la vie. Et comme l’amoureux, le croyant éprouve que la joie voisine avec l’inquiétude, que le coeur qui bondit peut devenir lourd.
La suite dans quelques jours !
Source : Françoise Le Corre, sur Croire.com
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