Les critiques du Da Vinci Code de Dan Brown prédit à ce roman encore beaucoup de succès. L’éditeur s’en réjouit naturellement et Colombia Pictures qui a acheté les droits d’adaptation doit se frotter les mains. Pourtant, il nous semble qu’une réflexion sur ce phénomène de librairie est indispensable afin de ne pas lire idiot.
Un succès indéniable : la recette
Le succès du Da Vinci Code est d’abord dû à l’écriture du livre. Les chapitres sont très court mais nombreux (plus de 100 !). Les personnages principaux sont bien typés. L’histoire est riche, mais l’auteur a le génie de la résumer régulièrement. De plus, le lecteur est directement plongé dans l’intrigue qui sera soutenue par un suspense constant : une pause ne survient pas sans qu’aussitôt un élément relance l’action.
Par ailleurs, le récit tresse étroitement différentes histoires, ce qui maintient toujours l’attention en haleine. Et, comme l’action se déroule sur à peine 48 heures, les moment de répit deviennent l’occasion de flash-back clarifiants, de sorte que le passé se transforme en secret et toute explications en révélation.
Enfin, Dan Brown a le génie de regrouper un doublé gagnant dans les protagonistes : un cryptographe alias Sophie Neveu (un spécialiste du déchiffrement des codes) et un symbologue alias Robert Langdon (un spécialiste du symbole). Ces deux professions, de manière directe ou indirecte, sont en vogue dans notre société car ils cherchent à décoder la partie mystérieuse de la vie. En effet, qui n’a pas rêvé de percer le mystère de toutes ces choses qui nous échappe ?
Ainsi, le Da Vinci Code est un magnifique mélange d’habilité littéraire et de génie intellectuel.
Premier éclairage : Un Roman historique
Comme l’indique clairement la couverture du Da Vinci Code, il s’agit d’un roman historique. Le Robert définit le « roman » comme ceci : « œuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des personnages donnés comme réels, nous fait connaître leur psychologie, leur destin, leurs aventures ». Ainsi, comme dans tout roman, nous pouvons raisonnablement supposer que tout n’est pas exacte dans le Da Vinci Code .
Dès lors, 2 objections importantes peuvent être faites à l’auteur sur sa méthodologie littéraire :
L’auteur prend la peine en première page d’expliquer qu’il s’appuie sur des faits réels et avérés.
Il existe deux manières d’écrire un roman historique. La première consiste à respecter scrupuleusement la vérité des faits et des événements cité et à broder autour une intrigue avec des personnages totalement inventés. La seconde consiste à mentionner des faits réels, mais à en détourner le sens, à les « tordre » en quelque sorte, pour les ajuster à la trame romanesque. C’est le procédé qu’utilise Dan Brown. Il ne cesse de citer des faits ou des personnages connus, comme la polémique sur les manuscrits de Qumran ou le concile de Nicée, Léonard de Vinci ou Constantin… Mais il leur attribue un sens éloigné de la réalité historique (tiré de Marie-France Etchegoin et Frédéric Lenoir, Code Da Vinci : l’enquête, éd. Robert Laffont).
Ces deux manières de faire (affirmer que l’on s’appuie sur des faits réels et en même temps tronqué la vérité historique) induise le lecteur en erreur. Il doit alors s’obliger à faire preuve d’esprit critique et de discernement pour démêler le vrai du faux. Ce qui demande un travail de recherche important.
Deuxième éclairage : Dan Brown, parole d’évangile ?
Il est certain que le risque pour le lecteur du Da Vinci Code est de prendre ce Roman pour des vérités inébranlables. Ce risque n’est pas sans danger car il pose des vraies questions sur le sens de la vérité. Cette anecdote relatée par un prêtre dans la revue IL est Vivant du mois de mars est frappante : « Une amie, professeur d’Université me racontait qu’une de ses étudiantes lui avait affirmé lors d’un cours qu’il est désormais avéré que Jean l’évangéliste de la Cène de Léonard est en réalité Marie-Madelaine, puisque Brown l’atteste… ». Ici, le livre de Dan Brown devient parole d’évangile. Il ne s’agit plus de se demander si l’auteur a inventé ou pas ce fait, mais sa seule parole suffit pour que son affirmation soit déclarée juste. Etonnant pour un monde qui se veut pétrie par la démarche scientifique…
Troisième éclairage : erreurs historiques nombreuses
Il faut le reconnaître dans le monde catholique le Da Vinci Code n’a pas été reçu forcément avec le même enthousiasme que dans librairie. Après ce que nous venons d’écrire, avouons que cela est fondé. Les critiques sont liées aux erreurs historiques nombreuses que le roman essaime :
Critiques acerbes de l’Eglise catholique et du Saint Siège.
Relookage de l’hérésie aryenne qui affirmait que le Christ n’etait qu’un homme (et non Dieu).
Incompréhension du célibat (d’où le mariage du Christ avec Marie-Madelaine, ayant donné une abondance descendance).
Refoulement du christianisme du féminin sacré.
Le tout savamment enrobé d’un prétendu complot du catholicisme qui cacherait la réelle identité du Christ depuis l’origine (ce n’est pas sans nous rappeler le film le Tombeau ou Stigmata). De tout cela, rien ne résiste à l’analyse sérieuse. Nous renvoyons le lecteur à notre prochain article (ou voir l’excellente étude du père Jean-Michel MALDAMÉ).
Conclusion
La lecture de ce livre est une bonne détente, si on admet que l’intrigue policière est bien faite - surtout dans la première partie. Mais ce livre est une mystification, dans la mesure où il procède par amalgame.
Néanmoins, il doit interpeller les chrétiens car son succès réside à la fois au fait qu’il est bien écrit mais aussi parce qu’il fait appel au fond religieux de chaque homme : la recherche de sens de ce qui nous échappe. On peut y lire une invitation à témoigner du la vie évangélique tout est faisant marcher notre imagination : Tolkien ne l’avait-il pas compris ?
Prochain article : les erreurs du Da Vinci Code.
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