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Dan Brown est-il un dangereux conspirateur ?

samedi 8 octobre 2005

La réponse sans équivoque de Victor Loupan, ancien grand reporter et co-auteur des ’Démons de Dan Brown’ (Presses de la Renaissance).

L’auteur des best-sellers ’Da Vinci Code’ et ’Anges & Démons’ cherche-t-il à discréditer l’Eglise catholique auprès du grand public ? C’est ce qu’ont cherché à démontrer Victor Loupan et Alain Noël qui viennent de publier aux Presses de la Renaissance une enquête fort intéressante intitulée ’Les démons de Dan Brown’. Aussi insidieusement que le "Da Vinci Code", "Anges & Démons" représente bien plus qu’un succès commercial. C’est en tout cas ce qu’ont essayé de démontrer Victor Loupan et Alain Noël dans ’Les démons de Dan Brown’, une enquête fort intéressante parue aux Presses de la Renaissance, dans laquelle ils révèlent les véritables desseins de Dan Brown. De passage à Bruxelles, Victor Loupan (*) a accepté d’en dire quelques mots à l’agence CathoBel.

- Comment expliquez-vous le succès des livres de Dan Brown ?

- Victor Loupan : Il faut tout d’abord reconnaître que ses livres sont admirablement découpés et rythmés. Le romancier s’est effectivement créé un système de suspense très efficace, dont il se sert d’ailleurs pour chacun de ses romans. Mais une partie de son succès tient aussi à la rumeur d’exactitude qui entoure son soi-disant travail d’enquête. Tout ce qu’il écrit n’est pas entièrement faux, mais rien n’est tout à fait vrai non plus. Si bien que certains lecteurs finissent par se demander si les livres de Dan Brown, en particulier Anges & Démons, ne contiennent pas quand même quelques vérités cachées. L’auteur n’a-t-il pas reçu des informations secrètes ? Le complot des Illuminati raconté par ce roman n’a-t-il pas une base historique ? Etc. Enfin, Dan Brown joue sur le fantasme de la conspiration de ses compatriotes. Nombre d’Américains préfèrent effectivement expliquer l’Histoire par des complots plutôt que par les véritables causes.

- Mais en quoi cela concerne-t-il l’Europe ?

- Victor Loupan : Jusqu’à présent, le fantasme de la conspiration était un phénomène essentiellement américain et qui n’intéressaient qu’une minorité de personnes sur le Vieux Continent, généralement fort éloignés de la société réelle. Mais depuis quelques temps, un soupçon semble obséder l’opinion publique européenne (parfois à juste titre, parfois non) : elle croit que les grandes institutions - politiques ou industrielles, par exemple - cachent la vérité aux simples citoyens que nous sommes. Rappelez-vous en 2002 l’énorme succès de L’Effroyable Imposture, cette enquête de Thierry Meyssan qui présentait le 11 septembre 2001 comme "la plus grande manipulation de l’Histoire". Combien d’entre nous n’ont-ils pas cru à cette histoire ?… Avec le triomphe de Da Vinci Code en 2004, les sociologues ont donc commencé à se demander si nos mécanismes mentaux ne se mettaient pas à ressembler à ceux des Américains.

- Dans quelle mesure Dan Brown représente-t-il un danger pour l’Église catholique ?

- Victor Loupan : Dan Brown n’est pas seulement un cordon bleu du marketing qui utilise toutes les épices à la mode. C’est également un idéologue. Si l’on en juge par Da Vinci Code et Anges & Démons, il semble effectivement poursuivre un idéal, qui est de discréditer l’Église catholique auprès du grand public. Dans le premier roman, la cause de tout est le grand mensonge de Rome, qui a épuré les évangiles et construit ses dogmes pour cacher le rôle de Marie Madeleine. Dans le second, par contre, le complot des Illuminati est un leurre inventé au Vatican, pour servir le Vatican. Ces deux romans sont donc deux torpilles lancées contre le christianisme, et surtout contre le catholicisme. La tâche de Dan Brown est d’autant plus aisée qu’il peut pratiquement tout affirmer au sujet de l’Église catholique et du christianisme, la culture de masse en ignorant quasiment les idées et l’histoire.

- S’agit-il de romans anticléricaux ?

- Victor Loupan : Oui et non, car ils s’en prennent autant à l’institution de l’Église qu’à la foi des catholiques. En effet, si l’on en croit Dan Brown, les catholiques intelligents ne devraient plus croire en un Dieu personnel (Père, Fils et Esprit) dépassant infiniment l’homme, mais en un dieu "énergie"… que l’homme va mettre à son service. Ainsi, n’y a-t-il, selon lui, que deux possibilités : ou bien l’Église fuit loin de la science, au risque de connaître le même destin que les dinosaures ; ou bien elle se rallie à la science, ce qui reviendrait à reconnaître l’inutilité de la foi. Dans les deux cas, l’Église disparaît de toute façon, et la foi avec elle. Ce que beaucoup de lecteurs ne savent malheureusement pas (en raison notamment de l’inculture religieuse croissante de la population), c’est que Dan Brown - et avec lui, nombre de médias - ne fait que répéter ce que le scientisme d’hier disait contre le Vatican. Or, ses griefs, déjà inexacts au XIXe et au début du XXe siècle, le sont encore plus aujourd’hui, dans la mesure où l’Église, face à des réalités nouvelles, défend avec acharnement la liberté de la science.

Ancien grand reporter, aujourd’hui éditeur, Victor Loupan est notamment l’auteur du ’Défi russe’, du ’Désarroi’ et de ’Nicolas II, le saint tsar’.

Source : CathoBel

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