Lundi 28 décembre 2009, le grand départ !
C’est le grand jour, le jour J. La Pologne nous attend et il nous tarde d’y poser le pied. Déjà dans le bus, nous nous familiarisons avec les sonorités de la langue grâce aux cours de polonais donnés par Laurent. Nous arrivons donc à Bâle avec du vocabulaire indispensable en poche, prêts pour la première prière de Taizé, l’inauguration d’une semaine fantastique. L’église accueille tous les pèlerins suisses. C’est donc une prière en communion qui ouvre ce temps de paix intérieure et de partage. Ensuite, comme amuse bouche à ce voyage qui sera extrêmement gastronomique, nous nous sommes délectés d’une soupe bien chaude, ou d’une glace pour les valaisans, tout en recevant nos numéros de places respectives et de wagons. Une fois notre estomac à peu près rempli, nous nous sommes gentiment dirigés vers la gare, chargés des bagages pour certains, d’un drapeau suisse pour d’autres. L’impatience est palpable, mais au lieu de compter les minutes et les secondes, je vais compter les trains, cela ira plus vite : premier train, deuxième train, et troisième train. Ce dernier est un train couchettes. Nous sommes six par compartiments et l’espace disponible y est limité. Nous nous endormons donc, sans trop de mal, espérant rouler, à notre réveil, en terre polonaise.
29 décembre 2009, nous y sommes
Nous nous sommes réveillés en Pologne… avec du retard, mais en Pologne quand même. Nous avons commencé la journée non pas par manger le déjeuner, mais par savourer le frais climat de Poznan. Depuis la gare, nous avons été guides jusqu’à une petite école accueillant tous les francophones. Witamy Poznanu ! Tout le monde est joyeux d’être arrive à bon port et certains suisses le manifestent en s’égosillant d’une voix tonitruante. Après avoir chanté le plus fort, à bâbord ou à tribord, nous avons été introduits dans une petite salle de classe. Nous y avons reçu des informations concernant notre séjour, des documents, une carte, et l’indispensable « Lettre de Chine » écrite par frère Alois. Nous sommes restés pas mal de temps dans ces locaux. En effet, il est difficile de caser dans une paroisse un groupe de 12 personnes. Finalement, il reste 12 places vacantes à Pobiedziska et nous pouvons nous acheminer vers la gare. Nous avons profité de l’heure d’attente pour pique-niquer et de la demi-heure de train pour digérer. Effectivement, après avoir été répartis rapidement dans les familles grâce à une bonne organisation, nous avons pu, pour la plupart, nous attabler devant le premier (et sûrement pas le dernier) repas préparé par nos hôtes. Heureusement que pour communiquer avec les polonais nous avons tous pu bénéficier des cours de Laurent et ainsi utiliser nos connaissances fraîchement acquises : couteau, assiette, fourchette, cuillère, tasse, sel, sucre, etc.. Après, nous sommes repartis à Poznań en vue de dévorer avec l’appétit restant notre premier souper taizéen. Nous avons ensuite été à la première grande prière de Taizé, une halle remplie de chrétiens qui recherchent les ressources de Dieu après un long voyage, une halle pleine pour un grand rendez-vous avec le Seigneur.
30 décembre 2009, la prière si profonde…
Ce mercredi 30 décembre a été la journée type, le programme qui a, à peu près, rythmé la semaine. Après un “petit” déjeuner copieux, nous sommes allés à la prière du matin, à l’église de Pobiedziska. Ces prières matinales sont des moments de calme et de plénitude dans la douceur que nous offre le Seigneur. Nous avons enchaîné pour la majorité d’entre nous par des moments de partage en petits groupes autour de la « lettre de Chine », pendant que la minorité d’entre nous est allée parler de foi dans un centre de détention pour jeunes délinquants. Les langues le plus couramment parlées dans les groupes ont été l’anglais ou le français. Les discussions ont donc été orientées autour de deux paragraphes à propos des choix à faire dans notre vie et de la soif de Dieu qui nous creuse. Une question marquante de la Lettre était : “Acceptons-nous de nous laisser creuser par cette soif, sans vouloir trop vite l’étancher ? “ En tous cas, cette soif de Dieu a été douce et agréable, comme un guide durant cette semaine de prières. Ensuite, nous sommes retournés à Poznań pour un repas made in Taizé et une prière, made in Taizé également. Ces louanges et ces silences ont été intenses, pleins de calme et de sérénité. Ils nous ont remplis d’une paix intérieure et profonde. L’après-midi a été animé par des carrefours. Ils ont consisté en des conférences, des témoignages, du folklore polonais, des visites touristiques, ou la possibilité de se recueillir en silence. Il y a parfois eu des petits problèmes de traducteurs, mais cela n’a rien changé au plaisir que nous ont procuré ces ateliers. Le prochain rendez-vous a été fixé à 17h, devant les boutiques de cartes postales, d’icônes, de CDs, dans le but d’aller tous ensemble pour le souper et la prière. Pendant les prières, nous pouvons vraiment voir que l’amour de Dieu est offert à tout le monde sans exception. Qu’on soit évangélique, orthodoxe, protestant ou catholique, que l’on vienne du nord ou du sud, d’un pays riche ou d’un pays pauvre, cela n’y change rien. Dans notre diversité de langue ou de culture, nous avons cassé les préjugés et nous nous sommes réunis pour l’amour de Dieu. Après nous être ressourcés spirituellement, nous sommes retournés dans nos paroisses pour une bonne nuit de sommeil ou pour nous ressourcer gastronomiquement.

31 décembre, la grande Fête !
Ce matin, nous nous sommes réveillés frais et dispos, remplis d’énergie, de quoi tenir jusqu’à la fête de ce soir. Dans la petite église, à la prière du matin, un évêque est venu nous dire quelques mots en français et en polonais. Il a offert à tout le monde une icône et une figurine du petit Jésus qu’il avait bénie auparavant. Elle était toute simple, mais ce minuscule cadeau nous a réchauffé le cœur. Il contenait tout le plaisir d’accueillir, d’offrir, de partager sa foi. Par la suite, dans les petits groupes, nous avons avancé dans notre lecture de la « Lettre de Chine ». Nous avons discuté d’un paragraphe intitulé " partager ce que nous avons ". Il a été question de l’importance du partage et de ce que l’être humain a le plus besoin de recevoir. L’évidente réponse est la compréhension et l’amour. Si l’homme regardait notre société sous le filtre de ces deux valeurs plutôt que sous le filtre de son porte-monnaie, la Terre tournerait probablement mieux… Ensuite, retour à Poznań pour le repas et la prière. C’est simplement un moment, simplement un moment pour prendre le temps, simplement un moment pour prier. Dans l’après-midi, nous avons eu l’occasion de participer à notre deuxième carrefour. De nouveau, nous avons eut le choix entre des conférences, des visites touristiques, ou de se recueillir tranquillement, en silence. Cette soirée-là, alors que les feux d’artifices ont éclairé le ciel de Pologne, nous nous sommes de nouveau présentés devant Dieu, mais nous savions que ça ne serait pas la dernière fois de l’année. En effet, quelques heures plus tard, nous nous sommes encore retrouvés dans l’église de Pobiedziska pour la « Veillée pour la paix », le point culminant de notre pèlerinage. C’est une prière qui dure jusqu’à ce que la première seconde de la première année sonne. C’est une prière pour l’harmonie, une prière pour se ressourcer les uns les autre, c’est une prière où tout le monde est fervent jusqu’au bout, jusqu’aux douze coups de minuit. Là, tout le monde s’est embrassé, et nous nous sommes acheminés vers la petite école de Pobiedziska pour la Fêtes de nations, ou tous le monde chante et dans ensemble. On nous y accueille avec un immense buffet, de quoi nous remplir l’estomac (comme si ce n’était pas déjà fait !-). Il y a eu des spécialités polonaises, du bigos, des desserts… Après, chaque pays a dû montrer leurs chants et leurs danses traditionnelles. Ces sont les suisses qui ont ouvert le bal. Comme nous ne voulions rien faire de trop compliqués ( le vieux chalet ou l’hymne national étaient exclus ), nous nous sommes retournés vers des chansons simples : « Yepo et tata », ou encore « nous sommes tous des chevaliers ». Nous avons entraînés tout le monde in a « big circle » pour partager ces quelques notes et quelques mouvements. Tout le monde a bien participé. Par la suite, les rondes et les danses se sont succédées. Les suisses ont même été sollicités par les français pour les soutenir dans " Aux Champs Elysées ". La soirée s’est prolongée jusque tard dans le matin de 2010, jusqu’à ce que tous le monde, la Joie plein le cœur, aille se coucher…ou pas.
1 Janvier 2010, le grand repas…
La première difficulté de cette nouvelle année fut le réveil. En effet, après avoir festoyé la majeure partie de la nuit et du matin, il nous faut nous rendre à la messe. Elle s’est déroulée, évidemment en polonais. Les pobiedziskiens connaissent tous leurs chants par cœur, des chants entraînants, accompagnés à la guitare et par un grands groupe de jeunes. C’est un bel effort par apport à nous qui ne pouvons décoller les yeux du cantique et qui traînons un peu sur les notes. À la fin, il y a quand même eu un chant de Taizé que tous le monde a pu suivre dans sa propre langue. Pour le dîner, nous sommes retournés dans nos familles. Elles ont été plus qu’heureuses de nous faire découvrir le plus possible de spécialités polonaises dans un repas allongé. Cela a aussi été une bonne occasion de faire plus ample connaissance avec nos hôtes et de simplement passer du temps avec eux. Nous avons tellement profité de ces inoubliables instants que la plupart d’entre nous est arrivée un peu juste, ou trop tard, pour prendre le train de 14h32. L’après-midi, il n’y a pas eu de carrefours. Par contre, nous avons assisté à la rencontre des suisses. C’est un moment entre suisse pour partager tous les bonheurs de cette semaine. Il y a eu des discussions autour de trois ou quatre carrefours, d’abord en petits groupes, puis tous ensemble, avec des témoignages. Vers 17h30, nous nous sommes dirigés vers les halles pour le dernier festin taizéen et pour la dernière grande prière tous ensembles, la dernière fois de cette rencontre où des milliers de jeunes d’Europe font fusion pour célébrer Dieu par des chants si tranquilles et si doux. C’est la dernière fois de la semaine où les pays se sont sentis aussi proches les uns des autres dans le Seigneur. Ce soir-là, nous nous sommes endormis peut-être un peu tristes de devoir bientôt replonger dans la vie quotidienne où l’Eglise est beaucoup moins visible.
2 Janvier 2010, les adieux déchirants !
Ce matin, nous avons vécu la dernière prière de la semaine dans la paroisse de Pobiedziska. Inutile de préciser qu’à la fin, les adieux ont été longs. C’est toujours très difficile de se quitter. Nous avons pris pleins de photos avec toutes les personnes possibles et inimaginables. Nous avons même dû les finir à l’extérieur pour ne pas interférer avec la messe qui suivait. Ensuite, pour la majeure partie d’entre nous, nous avons pris le dernier repas dans nos familles, passé quelques derniers instants avec eux. Elles n’ont pas manqué de nous souhaité tout le bonheur du monde pour le voyage, les jours à suivre, et de nous munir de provisions pour le train. Nous avons tenté une visite de Poznań dans l’après-midi. Cela a été plus compliqué que prévu. Il n’y avait plus de place à la consigne pour nos bagages. Nous avons donc dû les laisser dans la gare et organiser un tournus pour les personnes qui en auraient la charge. La visite touristique a consisté à voir la vieille ville, la magnifique église jésuite avec la coupole en trompe-l’œil, le supermarché, et à acheter des pruneaux au chocolat comme souvenir gastronomique. Nous avons dû patienter jusqu’à 21h pour prendre notre train. Quand il est arrive et que nous y sommes entrés, nous avons presque failli en redescendre. Il n’y avait pas de couchettes dans le wagon 178. Nous avons cru à une erreur de notre part, nous avons cru nous être trompés de train. Mais le problème venait du fait que quelques wagons couchettes avaient subi une panne quelque peu auparavant. Ils ont donc été remplacés par des premières classes qui eux ne contenaient pas de quoi se coucher. Vive les nuits blanches et confortables ! Nous étions sûrs d’arriver en Suisse frais et dispos le lendemain.
3 Janvier 2010, de retour en Suisse.
Le lendemain, tout le monde était bien réveillé, rempli d’énergie, motivés à reprendre le travail quotidien, ou à continuer ses vacances. Notre énergie ne nous venait pas de la longue nuit de sommeil réparateur. Nous l’avons puisée tout au long de la semaine, lors des moments de prière et de louanges, lors des moments d’amitiés, les moments de partages. Cette semaine nous a permis de s’arrêter, de faire une pause, de prendre le temps, de nous ressourcer. Nous avons eu le temps de remettre à Dieu toute notre famille, nos amis, et nous-mêmes. Nous avons pu nous ressourcer, faire le point sur notre vie ou sur notre chemin spirituel. En bref, l’esprit de Taizé était toujours présent, nous permettant de terminer le voyage dans la joie et la bonne humeur et de reprendre, bien dans le cœur et dans l’âme notre train de vie, de pouvoir le guider sans aléa ou panne, au moins jusqu’à vendredi ou l’aventure de Taizé se poursuit chez nous…et dans nos cœurs.
Estelle Pastoris

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