Mgr Henri Salina, ancien Abbé territorial de Saint-Maurice, évêque et président de la Conférence épiscopale suisse, n’est plus. Le chevalier Grand Croix de l’Ordre des Saint Maurice et Lazare est décédé lundi matin à l’hôpital de Monthey. Ses funérailles sont prévues jeudi à 15heures à la Basilique de Saint-Maurice. Véritable figure emblématique de l’Abbaye, l’homme d’église a marqué son époque de son empreinte grâce à des qualités hors du commun.
Né à Morges en 1926, Henri Salina entre en 1953 dans la Congrégation des Chanoines réguliers de Saint Maurice d’Agaune, après avoir étudié à Saint-Maurice. Ordonné prêtre en 1957, il enseigne au collège avant de devenir procureur de l’Abbaye dès 1964. Il est élu Abbé de sa communauté en 1970. Pour la petite histoire, c’est seulement sept ans plus tard, en 1977, que la traditionnelle bénédiction du nouvel Abbé fut organisée. A l’époque, mis à part le clergé, un seul et unique fidèle avait assisté à la cérémonie : le père d’Henri. Mgr Salina devint ainsi le 94e Abbé de Saint-Maurice, prenant la succession de Mgr Louis-Séverin Haller, celui-là même qui l’ordonna prêtre. En 1970, Henri Salina devint de facto membre de la Conférence des évêques suisses (CES) qu’il présida de 1992 à 1995.
Longue carrière
Sous sa direction, l’Abbaye a vécu les premières implications de Vatican II, mais aussi l’introduction de la mixité au collège, et l’arrivée des nouvelles maturités. Sur le plan suisse, au sein de la CES, il a vécu les soubresauts du synode 72, de l’affaire Haas en passant par Ecône. Ordonné évêque de Mont de Mauritanie par Jean-Paul II, le 6 janvier 1992 à Rome, Mgr Salina démissionna et fut remplacé à la tête de l’Abbaye par Mgr Joseph Roduit en 1999. Henri Salina a vécu ses dernières années auprès des Sœurs de Saint Maurice à la Pelouse, au-dessus de Bex.
Homme pétri d’humour, Henri Salina se plaisait à répondre, à ceux qui le questionnent sur ses lectures préférées, qu’à part la théologie il appréciait les bandes dessinées et notamment Lucky Luke. Pas étonnant lorsque l’on sait que ses élèves du collège le surnommaient le « sheriff ».
Passionné de vieux jazz (années quarante) et de livres d’astronomie, Mgr Salina a visité l’Afrique et l’Amérique latine et s’est rendu six fois en Inde. Pour lui, « les évêques et les prêtres doivent être proches du peuple et à son écoute, sans que ce soit pour autant la base qui décide ». Son plat préféré est à l’image de sa proximité avec ses ouailles et de sa bonhomie, puisqu’il s’agit de la choucroute.
Force tranquille
Alors curé de Verbier, feu Louis-Ernest Felley voyait en 1999 dans l’Abbé un homme de cœur et de grande culture. « Mgr Salina, c’est aussi une grande force de travail, particulièrement à la tête de la Conférence suisse des évêques ou sa sérénité et sa force tranquille ont permis de franchir des moments difficiles. »
Le regretté chanoine Gabriel Stucky estimait à la même époque que son patron – « véritable rassembleur et abbé extraordinaire » - n’a jamais voulu faire de son abbaye un réduit national. « Il est très ouvert au monde tout en vivant intensément sa foi sans que l’on s’en aperçoive ». Les Agaunois considéraient leur Abbé comme un véritable ami. Ils l’ont d’ailleurs élevé au rang de bourgeois d’honneur. Et qu’on ne s’y trompe pas : bien que couvert d’honneurs, Henri Salina tenait beaucoup à ce signe de reconnaissance populaire.
Source : le Nouvelliste
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