D’origine syrienne, Ziad est arrivé ici suite à mille péripéties, comme tant d’autres qui ont tout quitté, et se retrouvent aux frontières italienne, espagnole ou française… Couturier de métier, il cohabite avec des résidents irakiens, somaliens, éthiopiens et érythréens pour la plupart.
Sa chambre ressemble à une cellule de moine mais terriblement plus défraîchie et sombre.
En plus de sa difficulté à s’exprimer en français et de sa situation matérielle des plus précaire, son principal fléau comme tant d’autres est l’ennui.
Pour apprivoiser son nouvel environnement et garder sa santé mentale, Ziad marche régulièrement et se fixe tous les jours un itinéraire différent aux heures de sortie qui lui sont accordées par le Centre.
Parfois, devant un magasin, ou encore au milieu d’une ruelle il trouve des morceaux de tissu qu’il prend soin de ramasser et de ramener dans sa chambre.
Bientôt, je ferai une robe pour Laïla, la fille d’Aïcha, une requérante de Somalie qui élève seule ses trois enfants, me confie-t-il.
Très vite m’est venue l’idée de lui dénicher une machine à coudre.
Après plusieurs demandes et recherches infructueuses, je me résignais à attendre.
Un samedi matin, à l’heure joyeuse de l’apéritif, je racontais l’histoire de Ziad à mon ami Jean, accompagné de Monique que je rencontrais pour la première fois. Elle se leva et me dit : j’ai ce qu’il te faut.
Une heure plus tard, nous apportions à Ziad notre trésor.
Aujourd’hui il confectionne et répare les vêtements, souvent en lambeaux des résidents du Centre.
Sa chambre s’est transformée en atelier et bien vite, il ira rejoindre une équipe de couture déjà en place au Point d’Appui.

Au-delà de nos lieux de partage et de prières où l’on vit des temps forts, je réalise aujourd’hui, grâce à des êtres comme Monique, à quel point notre Eglise est grande. Aussi grande et vaste que le monde.
Elle est partout où se vivent des gestes de solidarité dans le sillon du « Premier-né d’une multitude de frères ».
Elle se vit aussi bien autour de la table fleurie et sans cesse garnie de Paul de la Coudrette, à l’ Abbaye, avec Zitaet les requérants de Bex, sur le chemin de Jean-Jacques, de Compostelle au Togo, au coin du feu avec Mô à la recherche d’un projet concret à mettre sur pied pour les femmes de Gaza, avec Pedro dans la rue et ceux qui n’ont ni voix ni toit.
Dans un monde qui a bien plus souvent besoin de donneurs de sens que de donneurs de sang, chaque geste posé, partout, petit ou grand n’est pas sans nous rappeler que si l’essentiel est nécessaire, le superflu lui, demeure indispensable.
Le superflu, ce sont les fleurs avant le pain, ce temps précieux où l’on accompagne une personne au lieu de mille autres à la volée.
Un « temps perdu » qui prend soudain saveur d’éternité.
Alain Toueg
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