Découvrez nos partenaires

Accueil > Elections fédérale du 21 octobre (...) > « Eloge de la complexité »

« Eloge de la complexité »

mercredi 19 septembre 2007

L’automne arrive. Nous allons bientôt voir le bal des feuilles mortes orner nos routes et nos trottoirs. Et celles de multiples partis politiques envahir nos boîtes aux lettres, chacune regorgeant de promesses en tout en genre !

Devant cette avalanche de débats et de confrontations, les citoyens suisses vont prendre position et faire leur choix de vote. En 1919, environ 80% des Suisses votaient. Dans quelques semaines, vraisemblablement seul 30% à 40% des citoyens suisses vont exercer leur droit civique. Les jeunes ? Ils sont à peine 20% à 30% à utiliser leur bulletin de vote. Cela m’interroge : comment se fait-il qu’une si grande partie de l’ensemble d’un peuple ne saisisse pas à bras le corps cette possibilité d’exercer une démocratie (plus ou moins) directe ?

En en discutant autour de moi, j’ai pu comprendre que, pour une part, certains compatriotes peinent à se prononcer, à choisir tel parti ou telle personnalité. J’ai entendu « tu comprends, il y a tellement de personnes et tellement de choix possibles. On ne sait plus qui croire, on a l’impression de se faire manipuler, c’est compliqué. Trop compliqué. Voter ce n’est pas facile ». En effet, faire des choix en matière de politique n’est pas aisé. Qui a dit que cela l’était ? D’ailleurs, de manière globale, les choses simples sont peu courantes dans la vie (et ce depuis notre entrée en fanfare dans le monde, même Nougaro le chantait : « naître, tous les bébés vous le dirons, c’est dur » !). Ce n’est pas facile, soit. Mais est-ce vraiment « compliqué » ?

Penchons-nous sur ce que le dictionnaire nous apprend du terme « compliqué » : « rendre moins simple à saisir, à utiliser, à comprendre, à résoudre, à mener, à achever ». Et si nous changions le terme « compliqué » au profit de « complexe », que cela donne-t-il ? « Composé d’éléments qui entretiennent des rapports nombreux, diversifiés, difficiles à saisir par l’esprit, et présentant souvent des aspects différents ». En retenant les deux premiers mots de ces définitions, j’observe que la première relève d’une certaine action ou d’une transformation : « rendre moins simple ». La seconde, quant à elle, qualifie un fait, un entremêlement à distinguer : « composé d’éléments ». Réduire, ou dé-composer. Peut-être avons-nous là deux mots qui traduisent deux manières de voir ou de penser les multiples ramifications de la politique.

Voter ce n’est pas facile. C’est un choix de plus à faire. Eh oui, le quotidien est éprouvant, nous sommes soumis à un flot quasi incessant de sélections : donner notre avis, choisir une option, prendre des décisions, quelques fois importantes mais souvent aussi à propos d’éléments dérisoires : « votre café, avec ou sans sucre ? sucre brun ou sucre blanc ? et, vous le voulez avec ou sans lait ? écrémé ou entier ? quelle torréfaction souhaitez-vous, forte ou légère ? gros grains ou grains fins ? vous voulez le consommer sur place ou à emporter ? une grande tasse ou une petite tasse ? avec ou sans couvercle ? avec ou sans touillette ? une serviette ? » !!! Oh oui, cela peut devenir toute une aventure de commander un café…

Revenons à nos élections. Voter, ce n’est pas facile. En plus de tout ce que je viens d’énoncer, il faut prendre en compte l’aspect marketing, voire matraquage, des messages qui nous sont adressés. Tous les partis cherchent à « séduire » un maximum d’électeurs. Comment ? En optant pour des slogans, des phrases chocs, des exemples démonstratifs. L’impact de la communication a malheureusement souvent pris le pas sur le message ou le débat d’idée lui-même : tout est simplifié, parfois à l’extrême. Tout est réduit. « Compliqué ». Mais, ne nous voilons pas la face. D’un certain côté, ces discours simplistes nous arrangent, car il est bien plus facile de se positionner par rapport à une caricature que par rapport à un ensemble alambiqué de causalité. La simplification élude les questions dérangeantes, les situations d’ « entre-deux ». Si nous les acceptons, toutes ces discussions troublantes et ces « coups de gueule » nous forcent à réfléchir en plusieurs dimensions, à nuancer nos propos, à prendre en compte le relief et la complexité. A admettre qu’on a parfois tort ou pas tout à fait raison. A « dé-composer » pour y voir un peu plus clair.

Alors, quelque soit notre obédience ou notre penchant politique, n’ayons pas peur de nous pencher un peu sur les contradictions, sur les confrontations, sur les discours flous et simplificateurs ! Choisir la « complication » plutôt que la « complexité », c’est peut-être d’une certaine manière ignorer la réalité. Ce faisant, il nous arrive de nous figer, quelques heures, quelques jours. Ou quelques années. Dans ces moments, ce qui ne nous correspond pas, ce qui est étranger à nos idées préconçues et à nos habitudes est balancé en touche. Simplifié. Je crois que le devoir civique de toute personne n’est pas de voter pour la « bonne » personne ou la « juste » cause, mais de s’ouvrir au débat et d’accepter d’être bousculé. De chercher son chemin à travers la complexité, plutôt que d’opter pour le plus dénominateur commun issu de la réduction.

Alors, allons, creusons, creusons, approchons-nous de ce qui est complexe ! C’est une aventure ! Car après tout, c’est la diversité et la complexité qui fait la richesse de la vie, des hommes et des femmes.

Emilie Genoud

Version imprimable de cet article Version imprimable

accueil  |   humour  |   e-cartes chrétiennes  |   portfolio  |   crédit  |   plan  |   contact  |   rss
www.pasaj.ch © certains droits réservés - 2004- 2008 - jeunes catholiques du canton de Vaud
29 bd de Grancy, 1006 Lausanne, 021 / 612 61 30