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La manifestation de l’Enfant-Jésus aux mages d’Orient nous invite à une rencontre libératrice, significative et intime avec le Christ Sauveur, dans la joie et le don.

 

Le mot épiphanie signifie révélation, dévoilement, communication. En cette grande fête lumineuse, tous les textes nous convient à saisir le mystère de la manifestation du Christ, Lumière des nations. L’attente du roi-messie se perpétuera de siècles en siècles, ravivée par les annonces prophétiques. Le chant des psaumes nourrira l’espérance du peuple hébreu, assoiffé de justice et de paix, jusqu’au jour de la venue de Jésus, Fils de Dieu qui se manifestera à Bethléem, au Jourdain, lors son baptême, aux noces de Cana, ainsi que dans toutes ses actions et ses paroles.

 

 

 

L’attente du Messie, dans le Premier Testament

L’extrait choisi du prophète Isaïe 60,1-6, première lecture, nous fait connaître l’état d’esprit du peuple hébreu qui, après avoir été soumis à la captivité, en Babylonie, connaîtra sa délivrance, grâce à Cyrus, soit vers 525-520 avant J.-C. Le retour espéré fut plus difficile que prévu. On ne retrouvait pas nécessairement les biens des parents, morts en exil. Les étrangers avaient introduit leurs coutumes, leurs religions, leurs façons de penser et d’agir. Dès lors, les Juifs restés à Jérusalem et vivant avec les étrangers, se heurtèrent aux Juifs opprimés qui revenaient d’exil. Pour lutter contre l’abattement du présent, le prophète annonce la reconstruction du Temple et tente de relever le moral, d’insuffler le courage. La nuit va céder la place à la lumière. Jérusalem va redevenir la Ville sainte où la présence de Dieu demeurera : Debout Jérusalem! Resplendis : elle est venue ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi… Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux, regarde autour de toi : tous ils se rassemblent, ils arrivent… (Is 60,1.3-4). Les difficultés existent, peuvent accabler, mais lorsqu’on est croyant, les épreuves ne peuvent étouffer l’espérance en Dieu, une espérance indestructible, don de Dieu. Aussi, notons que dans ce texte, il n’est pas tant question de la ville que du peuple, et on y inclut toute l’humanité. 

 

 

 

Le psaume

Le psaume 71 (72) a été vraisemblablement écrit et chanté après l’exil, au moment où il n’y a pas de roi. Il y décrit le roi idéal de l’avenir tout comme le prophète, disciple d’Isaïe, qui fit un portrait anticipé du roi messianique. Ce roi, attendu depuis des siècles (2 Samuel 7,12-16), rassemblera tous les peuples et aura chevillé au cœur la justice et la paix : 

Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice, qu’il fasse droit aux malheureux…
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.
Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui. (Ps 71,1-2.10-13)

Le pouvoir que ce roi exercera ne sera qu’amour universel. Les chrétiens appliqueront ces versets, à Jésus, Christ et Sauveur, dont la manifestation s’exprime à travers les âges et jusqu’au bout de la terre.

 

 

 

Matthieu 2, 1-12

L’extrait biblique choisi pour la fête de l’Épiphanie évoque la bonne nouvelle de la manifestation de Jésus Christ aux païens. L’Alliance avec Israël sera désormais offerte à tous les peuples de la terre. L’évangéliste Matthieu, au fil de son évangile, mettra sans cesse en évidence les manifestations de Jésus, Messie, tant aux juifs qu’aux païens (8,5-13.28-34; 15,21-28). Cette séquence symbolise, contient, en filigrane, le déroulement de la vie de Jésus. Et, Matthieu, vers l’an 80-85, note l’accueil des païens, dans les premières communautés chrétiennes, dispersées autour du bassin méditerranéen.

 

 

 

L’indifférence des scribes face à l’ardente recherche des mages

Les mages, ces savants, fins connaisseurs des astres, contemplateurs de la nuit, chercheurs de Dieu, viennent d’un lointain pays en se laissant guider par une étoile brillante, un signe cosmique (Nombres 24,17; Daniel 2,2.10.27). Au signe venu du ciel, ils désirent recevoir des informations. Aussi, s’arrêtent-ils à Jérusalem, auprès des dignitaires de la cour d’Hérode, pour s’enquérir du lieu de naissance d’un enfant, roi des Juifs. Là, ils auront certainement une réponse des savants, chefs des prêtres et scribes d’Israël (2,4), élites du peuple. Oui, ils reçoivent une indication et leur marche vers l’enfant est relancée. Leur vif désir sera bientôt comblé. Il faut être animé d’un incompressible mouvement, d’une fervente espérance pour parcourir un si grand déplacement et dépaysement, en pays étrangers! Quel mystérieux chemin emprunté par Dieu pour rejoindre ses créatures!

 

Face à eux, l’évangéliste Matthieu dépeint des hommes campés dans une indifférence à nulle autre pareille. Les Juifs qui, depuis des siècles, attendent le Messie, ne bougent pas, restent sourds. Certes, ils peuvent réciter les prophéties de Balaam, prophète païen (Nombres 24), d’Isaïe (2,4-6) et de Michée (5,2-3), mais ils ne manifestent aucun empressement, ni volonté de connaître et d’accueillir celui qu’ils attendent comme sauveur de leur nation. Hérode, le despote sanguinaire, se montre intéressé, car il craint pour son poste. On connaît sa capacité à faire disparaître ses concitoyens, voir des membres de sa famille. Il va manœuvrer pour obtenir le lieu précis et faire obstacle au règne du roi des Juifs (2,13-17). Quel contraste dans l’attente! Quel paradoxe! 

 

 

 

L’adoration des mages, chercheurs de Dieu 

Lorsqu’ils arrivent à la bourgade de Bethléem, ces hommes païens, en recherche de sens et de vérité, sont-ils dépaysés par la simplicité du lieu de naissance de l’Enfant? Non! Ils éprouvèrent une très grande joie (v. 10) à la vue de cet Enfant, de ce don de Dieu offert à tous les hommes et à toutes les femmes qui peuplent la terre, de différentes cultures et époques. Le geste qu’ils posent en est un de grande foi à son égard et d’une profonde adoration : et tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui (v. 11). Leurs coffrets remplis de présents qu’on ne cultive ni ne produit en Palestine, manifestent alors leur reconnaissance de la sublime grandeur du destin de cet Enfant. À la lecture que l’évangéliste Matthieu fait de la vie et de la mort de Jésus, – plusieurs décennies plus tard – il est possible de saisir ce que symbolisent ces trois offrandes. L’or, on le destinait au roi. L’encens accompagne la prière. Le psaume 140 le rappelle : que ma prière devant Toi s’élève comme un encens, et mes mains comme l’offrande du soir (v. 2). Quant à la myrrhe, cette gomme sécrétée par un arbrisseau, elle sert de parfum et on l’utilise à l’embaumement des morts. Ces mages confessent la royauté, la passion et la mort du Christ Sauveur, et sa résurrection. Les Pères de l’Église, dans leurs commentaires, interprèteront les symboles utilisés de la même manière que l’évangéliste. À la fin du récit, l’évangéliste mentionne que les visiteurs regagnèrent leur pays par un autre chemin (2,12). Leur chemin de vie, illuminé par la rencontre de l’Enfant-Roi, la route de la fraternité et du témoignage dans la joie prenait, il va s’en dire, un élan nouveau propre à dynamiser les engagements quotidiens.

 

 

 

 

Éphésiens 3, 2-6

En Abraham, tous les peuples de la terre ont été bénis. En Jésus, juifs et païens sont réunis : la promesse est accomplie. Des décennies plus tard, l’apôtre Paul, à qui le Christ s’est révélé, bien conscient de la lumière reçue, va proclamer l’Évangile aux nations païennes. Il n’y a pas de différence entre juifs et païens : Désormais, il n’y a plus ni Juif, ni Grec… car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus (Galates 3,28). Le salut de Dieu, le dessein bienveillant de Dieu est que tous ne constituent qu’un seul corps : C’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps (3,5).

 

 

 

Julienne Côté

 

Source : Interbible