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Aujourd’hui, il va de soi que l’esclavagisme est une pratique inhumaine. Or, au temps des premiers chrétiens, l’esclavage faisait partie de l’organisation sociale. Le modèle socioéconomique de l’Empire romain était basé sur l’utilisation d’esclaves. C’est ainsi que quelques textes du Nouveau Testament montrent l’esclavage, non seulement comme allant de soi, mais recommandent aux esclaves d’être de bons esclaves !

 

Esclaves, obéissez à vos maîtres d’ici-bas avec crainte et tremblement, d’un cœur simple, comme au Christ, non parce que l’on vous surveille, comme si vous cherchiez à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ qui s’empressent de faire la volonté de Dieu. Servez de bon gré, comme si vous serviez le Seigneur, et non des hommes. Vous le savez : ce qu’il aura fait de bien, chacun le retrouvera auprès du Seigneur, qu’il soit esclave ou qu’il soit libre. Et vous, maîtres, faites de même à leur égard. Laissez de côté la menace : vous savez que, pour eux comme pour vous, le Maître est dans les cieux et qu’il ne fait aucune différence entre les hommes. (Ephésiens 6,5-9)

 

 

 

Obéir au Christ

À première vue, cette lettre attribuée à Paul incite les esclaves à obéir à leur maître. Elle les encourage même à servir d’une façon particulière : comme si leur maître était le Christ. D’autres lettres de Paul évoquent cette image. Pour lui, tous les chrétiens sont appelés à être serviteurs et servantes du Christ.

 

 

 

Subvertir les divisions sociales

Une lecture plus attentive de notre extrait révèle que ce texte a peut-être bouleversé les idées reçues de l’époque. Le verset 8 indique que, devant la mort, les personnes libres et les esclaves ont la même dignité. Le verset 9 avertit même les maîtres de ne pas user de menaces, car Dieu ne fait pas de différences entre les humains, qu’ils soient libres ou esclaves. Cette affirmation est révolutionnaire. À l’époque, les esclaves appartenaient à leur maître et ils étaient perçus comme des sous-hommes qui ne sauraient pas quoi faire de leur liberté, le cas échéant. Ils avaient besoin de maîtres pour les diriger. La société était très hiérarchisée. Il y avait plusieurs niveaux entre l’empereur et les esclaves. Chacun avait sa place. Et les autorités, en haut de cette pyramide, faisaient tout pour qu’il n’y ait aucune contestation sociale possible.

Ce texte est le reflet d’une société divisée entre humains libres et esclaves. Mais pour Dieu, cette distinction n’existe pas. Notons que, dès les premiers siècles de notre ère, le christianisme a eu un grand succès auprès des classes sociales inférieures, car il leur offrait une dignité égale à celle des autres membres de la société. Avec notre regard du 21e siècle, ce texte semble justifier l’esclavage, mais au contraire, il vient remettre en question un principe fondamental de ce système, en affirmant que, devant Dieu, tous sont égaux. Comme le dit Paul, dans la Lettre aux Galates (3,28) : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec; il n’y a plus ni esclave ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. »

 

 

 

Réfléchir sur l’esclavage avec le pape François

Le 1er janvier 2015, le pape François a lancé une invitation à lutter contre les diverses formes d’esclavage, dans son message intitulé : Non plus esclaves, mais frères.

Il y a eu des époques, dans l’histoire de l’humanité, où l’institution de l’esclavage était généralement acceptée et régulée par le droit. Mais l’esclavage, n’est-ce pas un fléau du passé? Si le pape a pris la peine de dénoncer ce phénomène, c’est que ce n’est pas le cas. Quels sont les visages de l’esclavage aujourd’hui? Ils sont très variés, mais je pense spontanément aux travailleurs et travailleuses, mêmes mineurs, asservis dans divers secteurs économiques tels que le travail domestique, l’industrie manufacturière, le travail agricole, le secteur minier, etc.

Je pense aux nombreux émigrants qui fuient des situations difficiles. Lors de leur voyage, ils doivent faire face à de nombreux périls. Ils sont souvent privés de liberté, dépouillés de leurs biens ou même victimes d’abus. Arrivés à destination, ils sont parfois détenus dans des conditions inhumaines. Ils acceptent alors de vivre et de travailler dans ces conditions, car ils sont sans papiers et ne peuvent pas travailler de façon légale.

Je pense à l’esclavage lié à la sexualité. Des personnes, en particulier des mineures, sont contraintes de se prostituer et de devenir des esclaves sexuels. Il y a aussi des femmes vendues dans des mariages forcés. Je pense aussi aux enfants-soldats et aux prisonniers de groupes terroristes. Toutes ces personnes sont les esclaves d’aujourd’hui.insolite_20170203

Il y a aussi un visage moins connu de l’esclavage, auquel nous contribuons largement. Nos achats de biens et de services proviennent souvent de compagnies qui utilisent l’esclavage sans que nous le sachions. Par exemple, le cacao utilisé au Canada provient de pays de l’Afrique de l’Ouest tels que le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée et le Nigéria, qui le récoltent à l’aide d’enfants vivant dans des conditions inhumaines. Lorsque nous achetons une barre de chocolat (non équitable), nous contribuons directement à leur esclavage, sans nous en rendre compte. Autre exemple : nos fonds de pension mettent souvent à profit le travail des enfants, dans des mines, en Amérique centrale. Plus de la moitié des compagnies minières du monde ont leur siège social au Canada. Les profits qu’ils font, par l’exploitation des ressources, reviennent dans les poches de leurs actionnaires, c’est-à-dire nous. Et plusieurs rapports montrent que cette exploitation fait fi de l’environnement et des droits des personnes qui y travaillent.

 

L’appel du pape François est signifiant, autant pour les croyants que pour les non-croyants. En effet, il utilise la métaphore de la fratrie pour nous rappeler les liens qui unissent tous les êtres humains. Pour lui, nous sommes comme des frères et des sœurs. Ainsi, nous devons respecter la dignité, l’autonomie et la liberté des autres, pour lutter contre l’exploitation de l’homme par l’homme.

 

Sébastien Doane, doctorant à Laval (Québec)

Extrait de : Sébastien Doane, Zombies, licornes, cannibales… Les récits insolites de la Bible, Montréal, Novalis, 2015.

 

Source : Interbible

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