Autrefois, on tentait de discerner dans la nature les "traces du divin". La question était naturellement inversée : il s’agissait de fonder l’observation scientifique sur les textes sacrés, révélés ou inspirés par Dieu. Hélas ! Il fallait prouver que le soleil tourne autour de la terre et condamner à mort ceux qui prétendaient le contraire. Mais le temps a passé. Et c’est désormais Dieu qui doit se soumettre à nos observations. Inversion des données tout aussi tragique. On est passé d’un extrême à l’autre. Et il faut désormais "prouver" l’existence de celui qui nous aurait donné la capacité à le mesurer. Aussi simpliste qu’étrange !
Pour le croyant, Dieu ne se prouve pas. Pas plus que l’incroyant ne prouve le contraire. C’est de l’ordre du choix ou de la foi, de l’expérience personnelle aussi et de la libre adhésion à une vision du monde ou à une autre, qui se justifient et s’argumentent ensuite. Il n’y a rien à prouver. Quelle tension, quelle angoisse même, dans cette volonté de "prouver", qui flirte avec la volonté de puissance et prépare inconsciemment la guerre contre ceux qui refuseraient la "preuve". Celle-ci abolirait automatiquement toute liberté humaine ! C’est l’inquisition, le goulag ou le camp de la mort mis en place par ceux qui ont érigé leur croyance en preuve.
Les sciences non plus n’échappent pas facilement aux fondements de la croyance. On croit à La Science, comme on croit au Progrès. Pourtant, une certitude scientifique en chasse une autre, au fur et à mesure où l’on accepte d’interroger ses évidences, de remettre en cause ses présupposés, de reconnaître ses théories et ses préalables.
Qui donc a prouvé que la Science devrait tout prouver ?
Des inquisiteurs scientifiques peuvent être aussi redoutables que certains religieux. Mieux vaut donc laisser à Dieu son mystère. C’est quand on veut prendre sa place et parler en son nom, avec nos prétentions scientifiques ou religieuses, que le vide alors occupé confisque la liberté humaine, sa force de créativité et de fraternité.
Franck Le Vallois, théologien.
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